CKRAFT

Crédit photo : Olivier REB

CKRAFT c’est la rencontre unique du Métal et du Jazz porté par les mélodies du chant grégorien. Après la sortie de leur premier single Drowning Tree en février dernier, ils préparent leur premier album. Charles membre du groupe a accepté de répondre à nos questions.

Hello Charles, peux-tu présenter CKRAFT ?

Hello La Boîte à Musiques ! On est un quintet de Jazz-Metal Grégorien né dans l’est de la France l’été dernier, avec un line-up original qui confronte un power trio (guitare, basse, batterie) bien métal, à deux instruments acoustiques : sax et accordéon, ce dernier est augmenté de capteurs électroniques. Sur scène on est accompagnés de notre ingée son et de notre concepteur lumière, avec lesquels on a bossé un show au millimètre qu’on espère pouvoir bientôt jouer régulièrement devant un public nombreux !

Vous êtes cinq, comment vous êtes-vous rencontrés ?

On s’est rencontrés pendant nos études dans les conservatoires : à Metz pour William (le batteur) et à Paris pour les autres (Marc : basse, Antoine : guitare, Théo : sax, Mathilde : ingée son)

Quel est le projet derrière CKRAFT ?

Le gros son et la folie. Le monde exprime une telle rage, un tel hurlement, et ce de manière quotidienne, que je ne peux pas rester passif, il faut que ça sorte. J’exprime par cette musique beaucoup de colère, et en même temps j’ai envie qu’elle raconte des histoires, dont certaines finissent bien aussi.

CKRAFT, ce nom pour le groupe a-t-il une signification particulière ?

En effet ! En anglais craft veut dire artisanat, et en allemand die Kraft signifie la force/l’énergie. J’ai toujours trouvé le processus de composer et jouer une musique assez artisanal en soi : dans notre cas on emprunte la force, l’énergie du Metal pour sculpter un objet d’art excentrique, on s’inspire d’une tradition millénaire – les chants grégoriens – et on passe des jours et des jours dans notre atelier à parfaire le rendu.

Mêler le Métal et Jazz, est-ce que ça a été une évidence ? Et pourquoi les mélanger ?

Pour moi c’est une évidence oui : lorsque j’étais adolescent j’écoutais quasi-exclusivement du Métal (Gojira, Meshuggah, Opeth, Lamb Of God, Machine Head, Slipknot, etc.) c’était la seule musique qui me faisait vraiment vibrer. Dans la même période j’ai vu jouer un big band et suis instantanément tombé amoureux du Jazz et de la folie qui y est exprimée. J’ai fini par ressentir un lien très fort entre les deux genres : une rage de vivre, un cri de liberté, un côté tribal parfois.

Etait-ce une volonté pour vous d’être un groupe uniquement instrumental ?

Je t’avoue qu’on n’y a jamais vraiment réfléchi ! Nos chemins se sont juste croisés au bon moment pour qu’on ait envie de se lancer ensemble dans cette aventure et dans ce son, si l’un d’entre nous avait été chanteur il y aurait sûrement du chant dans CKRAFT aujourd’hui. Il n’est pas exclu de faire des featuring dans le futur, et je rêve de faire un morceau avec Mike Patton un jour (Mike, si tu lis ça..!), mais pour l’instant on se concentre sur notre line up exclusivement instrumental en effet.

Bug Out

Quelles sont vos influences musicales ? Sont-elles différentes pour chacun de vous cinq ? En avez-vous en commun ?

Je dirais Meshuggah et Gojira en ce qui concerne les compositions. Ce sont vraiment nos références communes. On aime marteler des gros riffs à l’unisson avec un son lourd, profond et gras, et quand Théo arrive dessus avec un solo de sax je pense que les plus connaisseurs reconnaîtront l’influence de John Coltrane ! Je suis parfois influencé par Fredrik Thordendal (le guitariste de Meshuggah, NDLR) dans mes solos d’accordéon – la preuve en images! – Notre bassiste Marc est influencé par des musiques rythmiquement très exigeantes, comme celle de Tigran Hamasyan, avec lequel il va d’ailleurs tourner cet été et enregistrer son prochain album.

Quel est votre processus de création (de l’écriture à l’enregistrement en passant par la composition) ?

C’est moi (Charles) qui écris toutes les compos, je les mets sur papier de la manière la plus claire possible, en faisant au passage des petites démos audio avec l’ordinateur, on répète, on affine, et quand c’est bon on enregistre ça tous ensemble. Voici d’ailleurs une vidéo de notre tout premier enregistrement, celui de Drowning Tree. Si on veut décortiquer CKRAFT, on peut percevoir les univers du jazz et du métal d’un œil distinct : on a un son très grave dans le power trio (guitare, basse, batterie), ce qui est propre au Métal, le sax et l’accordéon sont plus Jazz. On utilise des mélodies issues du chant grégorien pour cimenter les deux univers. Les chants grégoriens forment un matériau musical hyper puissant, ils ont traversé les siècles et s’extraient aujourd’hui de leur contexte religieux d’origine pour être associés à des éléments de culture populaire. De nombreux compositeurs s’en sont servis dans la musique classique, dans les musiques de films et de jeux vidéos (cf.L’histoire du célèbre chant grégorien « Dies Irae » et son influence sur la culture populaire), et aujourd’hui CKRAFT s’en sert pour fédérer Jazz et Métal.

Peux-tu nous parler de Drowning Tree  ?

C’est notre premier enregistrement ensemble. Au-delà de la valeur affective, il a aussi une signification plus profonde pour moi car je l’ai écrit en pensant aux forêts qui brûlent, à la montée du niveau des eaux et plus généralement au désastre écologique que représente l’existence de l’humanité sur notre planète. Pas de chant grégorien ici, mais une mélodie triste et épique, symbole de la nature qui se noie sous l’Homme. La pochette représente d’ailleurs un arbre mourant dont des mains humaines semblent vouloir se saisir pour l’entraîner vers le fond.

Crédit photo : Lucie WDL

Comment avez-vous vécu votre participation aux INOUÏS ?

C’était une super expérience, ils nous ont donné les moyens de travailler le son et les lumières grâce à la salle Le Gueulard Plus (Nilvange, 57) et présenter un beau show devant une cinquantaine de professionnels de la musique en région Grand Est à l’Autre Canal (Nancy, 54). C’était notre premier concert, on était ravi de partager ça avec un public malgré le contexte actuel de pandémie et de restrictions et on a eu de très bons retours.

Avez-vous des projets pour le futur (album, EP, concerts…) ?

Oui ! On compte sortir un album d’ici le printemps 2022, il est déjà enregistré et on est en train de le mixer en ce moment. Il s’appellera Epic Discordant Vision, et on compte bien jouer cette musique sur scène dès que les conditions sanitaires le permettront. Pour l’instant, on a été retenus pour le tremplin Nancy Jazz Up qui aura lieu mi-mai.

Deux titres à proposer à nos lecteurs ?

Drowning Tree bien sûr, et sinon je vous conseille d’aller voir nos petites vidéos sur Youtube, elles sont courtes et donnent un bon aperçu condensé de notre son !

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Par Amélie. G