Tiste Cool

Crédits photo : Hugues Coudurier & Arnaud Deroudilhe

Tiste Cool est le parfait mélange entre légèreté et mélancolie. « L’étude du Cool », son dernier EP, traite de ses déceptions amoureuses avec le second degré et la nonchalance qui lui est propre. On vous laisse découvrir ses déboires sentimentaux teintés de cette ambiance de bord de mer propre à son univers.

Hello, qui es-tu Tiste Cool ?

Alors qui suis-je ? Comment je pourrais dire ça. Je peux vous donner le numéro de ma psy ? Je crois qu’elle sera plus en mesure de répondre que moi. Qui suis-je ? Un jeune homme de 36 ans, artiste. Ce qui est délicat avec ce projet, c’est qui suis-je ? Tiste Cool, c’est clairement un personnage que j’ai créé. D’où le pseudonyme et toute l’imagerie qui va avec. Seulement la complexité pour moi aujourd’hui sur ce disque, c’est que c’est un personnage, certes, mais qui parle profondément de ce que vit Baptiste Homo. Donc qui suis-je ? Un mélange des deux quand même. Parce que la réalité et la vérité de ma vie flirtent avec mon personnage. Je dirais que je suis quelqu’un de très sensible qui a besoin d’extérioriser : les joies comme les tristesses, pour passer à autre chose et éviter de dépenser trop de fric chez ma psy effectivement.

Le 29 mars dernier est sorti ton nouvel EP « L’étude du Cool », qu’a-t-il de différent avec ton précédent EP « Caïpiranha » ?

Sur le premier EP, j’ai reçu quelques remarques quant à son côté « voyeuriste » qui a pu gêner certaines personnes. Sur cet EP, je pense que j’étale encore plus ma vie personnelle et donc souvent sentimentale, je me suis encore plus dévoilé. Ce n’est pas du tout par provocation mais c’est parce que ça m’a plu et que c’est un vrai moteur d’écriture pour moi. Musicalement, pour le premier EP, j’avais quasiment tout pré-enregistré sur des cassettes audio. Et on ne va pas se mentir, le processus d’enregistrement sur cassette est un peu long et chiant. En fait, c’est super kiffant dans le son. Mais, la re-numérisation des bandes ne se fait pas au tempo, ça fluctue car c’est de l’analogique. Il faut donc que je recale tout et c’est un enfer. Sur cet EP, j’ai clairement fait ça « à l’ancienne » avec une carte son et un ordinateur et puis tant pis pour le grain. J’ai pu le retrouver un peu ailleurs sur des petits détails, des petites choses. 

L’autre différence, c’est que les chansons ne parlent pas de la même personne. Ce n’est pas suite à une rupture sentimentale précise, c’est plutôt un amalgame de plusieurs petites ruptures sentimentales. Et des petites ruptures de soi-même aussi.

Dans cet EP tu traites des tourments amoureux. Comment réussis-tu à mêler gravité, mélancolie, second degré et désinvolture ?

J’ai une attirance profonde pour le second, voire le dixième degré. Le cynisme j’aime beaucoup, vraiment j’adore. Je suis de l’école de Pierre Desproges, Jacques Tati. On peut retrouver cet humour dans les films de Woody Allen, par exemple, ou même de Sofia Coppola, dont je suis un grand fan. Je pense notamment à une scène dans Lost in Translation où Bill Murray, qui est très grand, essaie de prendre une douche alors que le pommeau est calibré pour les japonais et ne peut pas se remonter. 

Dans mes chansons, j’adore traiter de sujets graves. Enfin, quand je dis « grave », je ne parle pas de la guerre mais de ma petite gravité à moi. Et, j’essaie de le faire avec beaucoup d’autodérision. L’idée n’est pas, non plus, de m’auto foutre de ma gueule dans mon disque mais de dédramatiser, ce qui m’aide un peu comme une auto thérapie. Ça m’aide à désamorcer plein de petites choses, à me rendre compte que les choses sont comme elles sont. Je les vis et je les digère. 

En revanche, je n’écris pas dans l’urgence et dans la mélancolie. J’écris après avoir passé le cap, quand c’est un peu digéré, quand je peux en reparler. Souvent, entre l’histoire que je raconte et la sortie de mon disque, il y a bien 2 ans qui se sont écoulés.

Comment composes et écris-tu tes chansons ? As-tu des petites habitudes ?

En fait, ça me vient souvent dans des moments où je ne peux pas me poser pour écrire ou composer. Par exemple, en pleine nuit, je vais me réveiller avec une mélodie en tête. Comme j’aime bien dormir correctement, je prends le dictaphone de mon iPhone, je chante la mélodie et je me rendors. Pour ne pas l’oublier. Parce que sinon tu l’oublies et le lendemain tu te réveilles et tu te dis « non mais attends c’était quoi déjà ? ». Mon iPhone est plein de mémos vocaux qui ne ressemblent à rien. Et ensuite pour l’écriture, c’est pareil. Souvent, j’écris en voyages ou pendant des moments de transition : dans le train, le métro, l’avion. J’ouvre l’application “notes” sur mon iPhone, et j’écris j’écris j’écris. J’ai un journal, enfin une espèce de carnet virtuel où j’écris des phrases qui me viennent. Et à un moment donné, je ne sais pas comment ça se fait, mais j’ai un rendez-vous avec moi-même. Je coupe mon téléphone, et je me dis « OK c’est le moment ». Ça n’est pas prévu à l’avance, ça n’est pas noté dans mon planning. Ces moments arrivent souvent quand je suis off, en fin de journée, après avoir fait mes petites courses, passé deux trois coups de fil. Je me pose au piano et je reprends les mélodies et les textes. Là en général, ça va très vite. Hormis ces espèces de bribes d’instinct qui me viennent, le temps moyen pour écrire une chanson c’est deux heures. Mais, j’ai eu besoin de tout ce processus. Mais, parfois entre la mélodie, les bribes de textes et la création de la chanson, il peut aussi se passer un an.

Qu’est-ce que tes différentes expériences, comme avec ton groupe OMOH, apportent à ton projet Tiste Cool ?

L’expérience avec OMOH m’a donné envie d’écrire en français. Cette envie s’est matérialisée avec l’écriture du titre Amour 3000. À côté de ça, je produis des albums pour d’autres artistes. Ce que je fais pour Tiste Cool me permet de faire des « espèces de tests » que je vais pouvoir après proposer aux artistes. Tiste Cool, c’est comme une espèce de recherche perso, c’est mon labo et après j’en fais profiter les autres artistes ou pas, ça dépend. J’ai une artiste avec qui je vais collaborer bientôt qui m’a clairement dit « tu vois ta chanson Ian Curtis, la basse, je veux ça ». Mes autres projets me nourrissent mais Tiste Cool nourrit aussi beaucoup les autres projets.

On retrouve sur cet EP et dans tes clips de nombreuses références à ton sud natal. Est-il une source d’inspiration pour toi ?

Absolument, je suis retombé amoureux de ma ville natale qui est Nîmes, parce que je n’y habite plus. ll y a eu aussi un retour aux sources parce qu’il y a eu une histoire sentimentale qui m’a beaucoup inspiré pour ce disque qui s’est passée là-bas. Je suis vraiment attaché à cette ville, alors que je l’ai un peu rejetée il y a 10 ans au moment où je suis monté à Paris. A l’époque, je me disais que je n’avais pas d’avenir dans le Sud. Aujourd’hui, je me rends compte que ce n’est plus du tout le cas. Peut-être parce que je suis un peu plus installé à Paris et que c’est plus facile pour moi de revenir vers Nîmes. Il y a un côté un peu désuet à Nîmes que j’aime : les gens parlent avec l’accent très fort, la brandade, le sud quoi… J’aime retrouver tous ces trucs qui semblent ne pas être sexy sur le papier. Je trouve que c’est bien de mettre en lumière cette espèce de singularité et de la « pop-iser ». Nîmes, c’est aussi la tauromachie, le flamenco. Au final, il y a assez peu d’artistes pop qui ont parlé de cette ville, sans parler des traditions. 

La Grande Motte est aussi une ville que j’adore. C’est très cliché et complètement kitsch. La génération de mes parents la déteste parce qu’ils ont vu ce littoral se construire et qu’un bout de la Camargue a été amputé. J’y allais pour passer mes vacances avec mes grands-parents. Aujourd’hui, des années après, j’ai un regard hyper attendri sur cette ville : le bord de mer, il y a encore ces vieux bâtiments, ces vieilles stations balnéaires pas très bien entretenues que je trouve finalement hyper charmantes. 

Tous les gros rappeurs vont tourner leurs clips à Miami, et puis Tiste Cool, il va à La Grande Motte, quoi. Il y a un rapport au personnage un peu ridiculo-rigolo que je trouve marrant.

Quelles sont tes autres sources d’inspirations ?

Mes sources d’inspirations, autres que les femmes ? Mes amis, avec tous leurs défauts, leurs qualités, leur naturel sont une énorme source d’inspiration pour moi. Les femmes évidemment, enfin les histoires sentimentales que j’ai eu avec ces femmes. C’est un peu bizarre de dire ça et ça peut paraître un peu prétentieux mais ça ne l’est pas. En m’inspirant de cela, c’est une analyse de moi-même que je pratique. Parce qu’avec la crise de la trentaine, tu te poses ces questions : qui suis-je ? où vais-je ? etc … 

Ça fait 5 ans que je me redécouvre, que je casse les certitudes que j’avais quand j’étais enfant et adolescent. Tu te découvres différemment, tu opères des changements comme ton mode d’alimentation, ton rapport à l’alcool, ton rapport aux autres et à toi-même. A 35 ans, tu en arrives à te dire « putain je commence à m’aimer un peu » et c’est cool. Et effectivement, je deviens ma propre source d’inspiration quelque part. Conserver ce fil en rapport avec l’auto thérapie a été vraiment important pour moi. 

La littérature m’influence aussi. J’aime notamment Françoise Sagan. Sa vie et son œuvre m’influencent beaucoup.

Tu participes à de nombreux projets en tant que Baptiste Homo. Cette vie à cent à l’heure est-elle un moteur à ta créativité ?

Alors oui, j’ai cru longtemps que ça l’était. Là, tu es dans le mille, en ce moment c’est ma plus grande question. Pourquoi je m’occupe autant ? Qu’est-ce que je cherche à fuir ? D’ailleurs si vous avez la réponse, je suis preneur. Je ne comprends pas pourquoi je mène cette vie à trois mille à l’heure : OMOH, Tiste Cool, Reptiles, la réalisation d’albums pour d’autres artistes, tout l’accompagnement que je fais avec Marie-Flore, la tournée avec Julien Doré. Effectivement, ça fait beaucoup de choses. J’aimerais bien me calmer un peu, retrouver un sens à ma vie sans forcément passer par l’artistique, pouvoir passer une journée entière sans faire quelque chose qui a un lien avec la musique, ce dont je suis incapable aujourd’hui. J’ai l’impression qu’il n’y a que ça.

Le clip Paillettes est sorti le 24 mars. On y retrouve une ambiance de vacances dans le Sud, des couleurs et évidemment des paillettes. Est-ce important pour toi que les images qui retranscrivent tes chansons prennent le contre-pied des sujets traités dans ces dernières ?

Oui, surtout sur cette chanson. C’est toujours pareil : tourner en dérision des choses qui ont été compliquées, dédramatiser et être dans le second degré. Je dirais que ça me permet de sortir les choses de leur contexte initial et de raconter aux gens une histoire un peu compliquée mais de la montrer différemment.

Je me suis rendu compte de cet aspect avec le clip de Chantal Vacances, qui est une chanson issue de Caïpiranha. Cette chanson est extrêmement triste mais c’est la chanson préférée des gamins de mes potes. Même s’ils ne comprennent pas vraiment les paroles, le clip et la musique sont rigolotes. En faisant ce clip, j’ai compris que pour faire passer ton message, même s’il est un peu triste, c’est bien d’avoir une petite imagerie rigolote parce que ça détend tout le monde.

Peux-tu nous proposer deux titres que tu écoutes et que tu conseilles à nos lecteurs ?

En ce moment, je ne me lasse pas d’écouter Fontaines D.C. que j’adore, et notamment la chanson I Love You qui sera sur le prochain album. Je trouve qu’ils utilisent des codes que tout le monde connaît. Et mon album de tous les temps, on va dire le Velvet Underground avec la banane sur la pochette, un grand classique. Je ne m’en lasse pas. Je me fais toujours bercer par la voix de Lou Reed, avec des chansons comme All Tomorrow’s Parties. En plus, il y a vraiment un son hyper bright, enregistré un peu à l’arrache. Je trouve qu’il y a une urgence de vivre dans cet album qui me porte.

Retrouver Tiste Cool par ici : Facebook, Instagram et Youtube

Par Amélie. G

Animal Triste

Crédit photo : Léonard Titus

On ne les présente plus, le 4 février dernier les membres du groupe Animal Triste nous ont livré leur dernier album Night of The Loving Dead. Une ode au rock crépusculaire qui nous emporte au travers d’un monde mystique emplit de créatures sorties du fin fond des bois. À cette occasion nous avons rencontré Cédric et Mathieu respectivement bassiste et batteur du groupe, qui ont bien voulu nous révéler quelques secrets de ce deuxième album.

Hello votre deuxième album est sorti vendredi vous vous sentez comment ?

Cédric : On est heureux, quand tu as une sortie c’est un aboutissement.

Mathieu : Animal heureux.

Cédric : Voilà animal heureux.

Mathieu : Non mais c’est dur de ne pas être contents tu vois. Il est génial on est très très heureux, l’accueil est super. Le disque est beau on est très content de l’objet.

Night of the Loving Dead. La nuit des morts aimants au-delà de la référence au film de Romero y a-t-il une histoire derrière ce titre ?

Mathieu : The Loving Dead … le jeu de mots déjà est cool, il est truculent. On trouvait aussi qu’il y avait un côté rigolo sur la place du rock’n’roll que tu pouvais codifier aux créatures de la nuit. Comme si on était relégués à un peuple de zombies, tous les bourgeois font la fête dans la citadelle et nous, on est dans les bois en train de roder tu vois. Des références au vampirisme aussi, en fait tout ce qui a un rapport avec le rock nocturne qu’on aime. Sur la chanson Afterlife il y a un truc sur le loup-garou, la lycanthropie. Et puis il y a aussi le cinéma de genre effectivement Romero mais on a toujours fait beaucoup de références à John Carpenter. Le studio n’était pas loin d’une forêt, imaginez on était dans un endroit pas possible reclus avec David Fontaine qui est un mec exceptionnel. Il n’y a pas la 4G, il faisait un peu froid on allait chercher l’eau au puits et le soir on se réchauffait à la cheminée. D’ailleurs tout ça est raconté dans Animal Years.

Cédric : C’est vraiment une ambiance, tu es hors du temps.

Mathieu : Non mais je ne sais pas pourquoi on s’était tous mis à parler de vaudou, de magie noire, de trucs comme ça.

Cédric : C’était une thématique qui planait sur tout l’enregistrement, on cherchait des références, on regardait des visuels. Parce que quand tu enregistres tu penses aussi un peu à l’image que tu veux, ou pas. Mais nous, on commençait à y réfléchir, à se demander dans quelles esthétiques on allait partir visuellement.

Mathieu : Je voulais un bouc sur la pochette, tu te souviens ? On cherchait des références à Belzébuth il y avait plein de choses comme ça qui nous traversaient, c’était vraiment un truc de magie noire.

Crédit photo : Léonard Titus

Ce second opus a été enregistré (comme le premier) dans le studio de David Fontaine Piggy in the Mirror, ça, c’est passé comment cette fois-ci ? (En termes d’ambiance pré-apocalyptique ça devait être bien différent.)

Mathieu : Non ça y est l’apocalypse était passée.

Cédric : On allait y revenir. On est arrivés avec plus de matière, forcément c’est un deuxième album ce n’est pas comme le premier. On avait déjà une expérience commune, un passif ensemble. Du coup on est repartis sur de nouvelles bases sur des choses qu’on avait avancées mais pas trop. Pour se laisser justement encore de la latitude pour remettre des choses en cause. On sait très bien que quand tu es six ça foisonne un peu et ça permet des accidents heureux, ça laisse une part d’improvisation. On aime bien arriver avec des trucs pas trop figés, on sait très bien que c’est le bon exercice.

Mathieu : Le premier album, on l’avait enregistré très très vite. Là on avait plus de temps mais par contre on n’a pas voulu avoir trop de temps non plus. Donc on a jonglé entre pleins de choses, c’est ce que disait Cedric on est arrivé avec plus de squelettes de morceaux. On en avait vraiment beaucoup plus. Il y en a dix sur l’album et on en avait quinze au départ. Sur le premier on avait vraiment tout joué, on n’en avait pas plus enfin si mais qu’on n’avait pas eu le temps d’enregistrer. Là on avait vraiment des squelettes mais comme on avait du temps, on s’est laissé le plaisir d’improviser et de voir ce qu’il se passait. Mais avec toujours la même équipe, David Fontaine cet être merveilleux qui tient le studio et Etienne Caylou le non moins être merveilleux qui a mixé l’album.

Est-ce que pour Night of the Loving Dead vous avez été habités par la même urgence que pour votre premier album ?

Cédric : Un deuxième album c’est toujours différent d’un premier, comme je le disais tout à l’heure on a un passif derrière. Un deuxième album tu as toujours l’ombre du premier et il faut aller ailleurs. C’est toujours un exercice qui est compliqué.

Mathieu : Moi je le trouve plus urgent, le deuxième je le trouve plus tendu. Alors il est peut-être plus brut le premier mais si c’est intéressant. J’ai quand même l’impression qu’il y a des morceaux très urgents, avec des choses qui sont arrivées tellement vite.

Cédric : C’est ça. Il y a certains trucs qu’on pensait actés et finalement quelque chose que tu n’avais pas prémédité fini par arriver. Tu retrouves ce caractère spontané qu’il y avait dans le premier même si ça n’était pas voulu au départ. Tu arrives avec plus de matière ça c’est sûr, tu te dis on a une bonne base ça devrait aller. Et au final tu déconstruis les choses pour en reconstruire de nouvelles qui prennent vie et qui te dépassent un peu comme sur le premier. On retrouve bien la spontanéité du premier sur le deuxième même si ça n’est pas aux mêmes endroits.

Mathieu : Et surtout les morceaux du deuxième on ne les avait jamais joués en répète avant d’aller en studio.

Cédric : Oui c’était la grosse différence avec le premier.

Mathieu : On ne savait pas les jouer.

Cédric : Pour moi c’était un exercice tout nouveau parce que je n’ai jamais fonctionné de cette manière dans mes projets d’avant, je suis allé en studio avec beaucoup d’incertitudes. Tu te remets toujours en question. Est-ce que je vais être bon dans l’instant ? Est-ce que je vais être inspiré ? Est-ce que, est-ce que, est-ce que … et au final ça rejoint ce qu’on disait tout à l’heure quand tu es dans une ambiance bienveillante et que tu sais que tout le monde se fait confiance, tout se passe bien en fait. Et là tu retrouves la spontanéité.

Mathieu : Ça tient à beaucoup de choses. On a un chanteur qui s’est vachement dépassé, déjà sur le premier mais sur le deuxième il y a des moments où je me suis dit « waouh ». Sur Machine Love il crie à la fin et en sortant il nous a dit « je crois que je n’ai jamais gueulé comme ça les mecs ». C’est marrant pendant l’enregistrement il y a des moments où il n’enregistrait pas parce qu’on travaillait la musique et lui, il écrivait au coin du feu, il allait faire des balades dans les bois. Il revenait le soir avec quelque chose à boire et il nous disait « je le sens on tente un truc », et il était deux heures du matin. Ça, c’est passé comme ça, on était vraiment très souvent tous ensemble. Et alors ça bossait, mais alors vraiment dans une joie. En tout cas il est peut-être moins immédiat que le premier, mais je crois vraiment qu’il est plus dur et plus riche.

Night of the Loving Dead est traversé par une ambivalence entre ombre et lumière assez planante où vous semblez avoir croisé bon nombre de chamanes et autres fantômes. Où puisez-vous cette énergie qui semble presque mystique ?

Mathieu : C’était en février notre label (M2L), Fred Lomey ce saint homme qui est aussi notre tourneur, m’appelle et me dit « hey les gars c’est à nouveau un confinement vous en faites un deuxième ? ». Je lui ai dit « Fred on vient d’en sortir un il y a deux mois quoi, ça va ». Il me répond « allez les gars, c’est cool ». Donc moi j’appelle les gars et David Fontaine. Il nous dit qu’il a un créneau en avril au studio. On est donc en février.

Cédric : Et là on se dit qu’il nous faut des morceaux.

Mathieu : Alors on avait quelques morceaux qui traînaient notamment Tell Me How Bad I Am, c’est le premier morceau composé par Animal Triste avec Fabien et Yannick. On l’avait composé il y a quatre ans, un truc comme ça. On ne s’en était pas servi. Darko avait des morceaux,  des morceaux qu’on n’avait pas réussi à aboutir, Machine Love en est un par exemple. D’un seul coup tout le monde a ramené des briques et là on s’est dit putain ça fait quinze morceaux.

Ombre et lumière effectivement je vois ce que tu veux dire, on avait envie d’explorer plein de nouveaux territoires.

Darko on a pu reconnaître la « trame » de Blackdoor sur la chanson With Every Bird. Ça te fait quoi de voir renaître cette chanson sous une autre forme ?

Darko : Très bonne question même si tout cela s’est déroulé de façon très spontanée… Quand on a un chanteur comme Yannick et un guitariste comme Peter Hayes sous la main on a instantanément envie de réinterpréter et re enregistrer l’intégralité de tous les répertoires de l’univers… dans un souci d’efficacité et pour aller au plus simple, on a jeté notre dévolu sur ce morceau qui existait effectivement par le passé dans des atours plus coldwave. Yannick y a posé ses mots et Peter ses arrangements. On est tous fans du résultat.

Mathieu : Moi je peux vous en parler, c’était marrant. Il y a Animal Years, Machine Love et With Every Bird qui était Blackdoor. On avait essayé From Above aussi mais ça ne fonctionnait pas. Blackdoor pour le coup c’était une chanson vraiment aboutie, on la pensait plus sud des États-Unis. Et en fait on était là à ralentir un peu le tempo, à la penser un peu plus chaude et Yannick est arrivé avec sa ligne de chant. On s’est dit « bon bah ouais ». C’est peut-être le morceau que je préfère sur le disque. J’adore, j’en suis content.

Vous avez réalisé un rêve de gosse en partageant deux titres avec Peter Hayes de BRMC. Qu’a t’il apporté à ces deux titres ? Que vous à t’il apporté en tant que musiciens ?

Mathieu : Un petit peu. C’est une validation dont tu rêves quand tu fais de la musique, d’un seul coup tu as un des mecs que tu préfères d’un des groupes que tu préfères qui te dit « c’est bien ce que tu fais, je suis content de jouer avec toi ». Et même en tant qu’humain, je le disais ce matin en interview il nous a quand même dit dans son premier message « merci pour la main tendue ».

Cédric : C’est incroyable, c’est le monde à l’envers.

Mathieu : Ouais et puis on continue, ça ne va pas s’arrêter là. On continue à s’écrire, il mixe le prochain City Of Exile. On s’écrit une ou deux fois par semaine. On en parlait tout à l’heure avec Drikx.c c’est fou, mais il y a un soir où on était chez moi il y avait Fabien aussi et on reçoit un mail du manager de Peter Hayes. C’était avant que tout ça se passe. Il nous écrit « pas mal ce que vous faites les gars, je pense que ça peut intéresser Peter. Est-ce que vous pouvez m’en dire plus ? ». Déjà on a fait la fête parce qu’on était très content. Et en fait on s’est dit rien n’est actée, c’était juste le début.

Cédric : Le fait de te dire que tu n’es personne, qu’eux, ils n’ont jamais entendu parler de toi. Ils voient bien que c’est une chaîne microscopique, donc au final ils n’y cherchent pas d’intérêt.

Mathieu : Non on a jamais parlé d’argent.

Cédric : Il a vraiment écouté. Ils ont trouvé qu’artistiquement c’était intéressant donc quand tu parles de validation, le fait que ça arrive à ses oreilles c’est que quelque part par rapport à ce que tu veux faire tu es dans le rail. Ça veut dire que des fois il faut s’autoriser à rêver grand.

Mathieu : Toujours, c’était un peu la leçon du disque vraiment. Encore une fois quand on a fait la liste des gens avec qui on voulait bosser forcément ils étaient très très hauts dans la liste, je pense que vous connaissaient les autres noms. C’est vraiment un de ceux dont on nous a dit « BRMC ils ne font jamais de featuring ».

Le clip de Tell Me How Bad I Am retranscrit parfaitement l’ambiance sauvage, organique et presque spirituel de l’album. Comment vous avez travaillé ce côté visuel ?

Cédric : Un peu dans l’urgence aussi. Pour tout vous dire, on a essayé de laisser les mains libres à quelqu’un qui nous propose quelque chose. Au final on ne l’a pas retenu, ce n’est pas que ce n’était pas bien mais ça ne nous ressemblait pas trop. On n’était pas sûr d’assumer le truc, et c’est le premier signal que tu envoies, faut vraiment éviter de taper à côté.

Mathieu : C’était vraiment bien ce qu’ils avaient fait mais ce n’était pas nous.

Cédric : On s’est retrouvé dos au mur, on s’est dit « bon il faut que le clip sorte et vite ». Donc on a fait avec les forces en présence. On a choisi de rester dans ce qui nous semblait dans la droite lignée de l’album, en tout cas vraiment dans le coté crépusculaire.

Mathieu : Tu sais ce qu’on a fait, on est allé voir les copains.

Cédric : On a bossé avec la même équipe. Léonard Titus qui a réalisé la pochette, le logo auquel on a foutu le feu derrière chez lui. On a shooté ça avec Stéphane qui nous avait filmés au Kalif pour la session live. Et dans les connaissances liées au Kalif il y avait un gars qui est maître verrier, qui nous a fait le logo en verre. On savait qu’on allait faire un clip qui allait jouer avec la lumière, on a donc embarqué ce logo en verre. Tu vois c’est assez improbable d’avoir ce truc très pur dans un décor très naturel. Ça invoquait pas mal d’images assez fortes. On a joué beaucoup là-dessus, on a fait simple. On a essayé de faire quelque chose d’efficace, de ne pas trahir l’esprit du morceau. Et forcément tu as une petite pression, tu sais qu’il y a Peter Hayes qui t’a fait confiance. Alors même s’il y avait peu de moyens et de temps, on avait au moins envie de ne pas le trahir dans l’esprit.

Cet album reflète votre engagement pour le rock hanté par des artistes comme Nick Cave… Plus d’un an après la sortie de votre 1er album vos revendications restent-elles les mêmes ?

Mathieu : Oui bien sûr, mais tu sais quoi ce n’est même pas des revendications. On se dit ça avance comme ça avance, on est dans la contre-allée On est déjà contents d’être entre nous et ceux qui nous aiment nous suivent. Tu vois c’est vraiment ça et on ne lâchera pas.

Et pour finir, deux titres que vous écoutez et que vous conseillez à nos lecteurs ?

Mathieu : Moi c’est The Soul of the Hour de Gallon Drunk, je trouve le morceau super.

Cédric : Le fait que les références de 16 Horsepower soit ressorties je suis allé en écouter. J’avais vraiment écouté en diagonal, et du coup je suis retourné en écouter en me disant je ne connait pas assez.

Mathieu : Oui moi aussi. Les 16 Horsepower c’est vrai, I Seen What I Saw ce morceau il reste pas mal en ce moment j’aime bien ce morceau.

Retrouvez Animal Triste sur : Facebook, Instagram et Youtube

Par Amélie. G

Reptiles

Crédit photo : Daniela Ometto

Reptiles, fruit de l’association entre Sylvain Arnaux et Baptiste Homo, nous présente leur premier EP My Sworn Enemy sorti le 16 novembre 2021. Laissez-vous entraîner par cette voix caverneuse dans leur univers sombre et mélancolique.

Bonjour, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Bonjour. Je suis Sylvain Arnaux : chant, guitare chez Reptiles et cofondateur de ce projet avec Baptiste Homo.

Les reptiles sont des animaux à sang froid, pourquoi avoir choisi ce nom ? 

On aimait bien l’idée d’un serpent à deux têtes (vu que nous avons tout fait à deux) et Reptiles sonnait aussi bien en anglais qu’en français. C’est plus une histoire de sonorité. Après, notre musique est plutôt froide, un peu comme le sang de ces bestioles.

Quelle est l’histoire derrière le nom de ton EP «My Sworn Enemy» ? 

Son pire ennemi est souvent soi-même et j’ai pu le vérifier à plusieurs reprises durant mon existence. En fait, ces quatre titres, sortis sous la forme d’un EP numérique, font partie d’un album qui sortira le 4 mars chez Beast records (vinyle et numérique). L’EP était une façon d’annoncer l’album et d’avoir de l’actu en décembre car nous avons joué aux Bars en transes. Pour en revenir à ta question, la majorité des titres ont été composés pendant le premier confinement. Il y a donc certainement un rapport, dans les textes et la musique, avec cette période un peu sombre que nous n’avions jamais traversée. Nous nous trouvions seuls face à nous mêmes mais aussi face à nos propres contradictions. Je pense que c’est ce qu’on peut ressentir dans les textes mais aussi dans la musique.

Que t’ont apporté ton histoire et tes expériences passées pour la réalisation de ton EP ?

Je ne sais pas trop mais je sais que cela a contribué à ce que je suis aujourd’hui mais surtout ça m’a donné l’envie d’aller dans cette direction musicale et d’explorer au plus profond de moi-même pour en extirper les souffrances, les frustrations, les malaises … C’est un peu comme une thérapie. Musicalement, on savait où on voulait aller : des ténèbres vers la lumière (rires) 

Une atmosphère différente émane de chacune des quatre chansons de l’EP, était-ce une volonté ? 

Je pense qu’il y a une certaine cohérence entre chaque titre mais Baptiste, qui s’est occupé de la prod, a eu cette volonté d’aller plus loin pour essayer d’emmener un peu de lumière. Beaucoup de titres que j ai composés étaient très dark, il a fait en sorte de les « tirer un peu vers le haut », de les rendre un peu moins down.

Où puises-tu ton inspiration pour écrire et composer tes chansons ? 

Au fond de moi (rires). Plus sérieusement, dans mon quotidien, dans mes lectures, mes expériences passées ou actuelles. Pleins de choses peuvent être inspirantes, ça peut être un mot, une situation, un regard, un son …

 Quelles sont tes influences musicales principales ? 

Elles sont assez vastes. Je suis un môme des années 80. J’ai donc beaucoup écouté de punk, de post punk et ce qui se faisait à cette époque mais aussi du blues. Des groupes comme le Gun Club, Birthday party, The Drones ou Fugazi m’ont aussi beaucoup marqué. J’ai aussi écouté pas mal de hip hop dans les années 90.

Peux-tu nous parler de ta collaboration avec Baptiste Homo.

On se connait depuis pas mal d’années et on avait envie de faire un truc ensemble. L’occasion s’est présentée, on avait tous les deux du temps, on s’est mis au boulot. Le confinement nous a permis de finir l’album plus vite que prévu mais l’évolution de la situation sanitaire nous a contraint à retarder la sortie de l’album. D’un point de vue musical, nous avons des influences assez différentes mais on se rejoint aussi sur certains points aussi. Ce qui était intéressant était justement de confronter tout ça et de voir ce qui allait en sortir. On ne s’est pas imposé de contraintes, on s’est juste laissé aller dans ce qu’on savait faire chacun.

 Qui est à l’origine de la pochette de «My Sworn Enemy» ? 

C’est un extrait d’un dessin de Christophe Blanc dit VALPARESS qui est un ami. On aime bien son boulot et on trouvait intéressant d’associer une pochette assez colorée voire joyeuse avec le contenu du disque qui lui est plutôt sombre.

Quelle est la suite de l’histoire pour Reptiles ? 

La suite, c’est l’album qui sortira le 4 mars. Et, je travaille aussi sur le prochain.

As-tu de futurs concerts prévus ?

Oui, des concerts sont prévus en mars (on jouera à L’international, le mercredi 9 mars, pour la release de l’album), avril et mai pour l’instant. Pour le live, je suis accompagné de 3 musiciens.

Deux titres que tu écoutes et que tu conseilles à nos lecteurs ?

Ce matin, j’ai écouté Walk among the cobras de DAN SARTAIN et Return de EMMA RUTH RUNDLE.

Retrouvez Reptiles sur : Facebook, Instagram et Youtube.

Par Amélie. G

Stubborn Trees

Avec la sortie de leur second EP Roots le 12 novembre dernier, le quatuor rock Stubborn Trees revendique ses racines. Au fil de leur chansons ils nous font découvrir le parcours qui les a construits, à travers des thèmes comme la volonté d’avancer coûte que coûte mais aussi l’envie de vivre l’instant présent. On vous laisse découvrir l’univers d’arbres uniques en leur genre. 

Salut Stubborn Trees, est-ce que vous pouvez vous présenter ?

ST : Salut, on est un groupe de rock alternatif, situé au sud de l’Oise (nord 95). La formation actuelle existe depuis 2 ans.

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Laurie : J’ai répondu à une annonce, il y a un petit bout de temps de ça. Yann cherchait d’autres musiciens intéressés pour jouer ses compos. On a commencé à travailler ensemble, j’ai amené mes propres compos également. On était juste tous les deux, Yann à la guitare et moi à la basse. Yann composait des pistes batteries qu’on envoyait en live via une pédale.

Julien : En 2019, je suis allé les voir jouer (on se connaissait déjà). A la fin du set, j’ai proposé de me joindre à eux en apportant une 2ème guitare au projet. J’ai également proposé à un de mes bons potes, Camille, de nous rejoindre en tant que batteur.

Yann : Et voilà, le line up était complet !

D’où vous est venu l’idée de faire de la musique ensemble ?

Yann : On fait tous de la musique depuis toujours ou presque. Je suis en grande partie autodidacte, Laurie a une formation classique ; Julien et Camille ont étudié à l’Atla. On a tous été, à un moment ou un autre, à la recherche du bon projet et c’est celui-ci qui nous a réuni. On se retrouve sur le style, les influences, les envies.

Camille : On va composer de plus en plus ensemble ; c’est en tout cas ce que l’on souhaite mettre en place pour la suite.

Y a t’il une histoire derrière le nom de votre groupe ?

Laurie : Oui, bien sûr ! On appelle stubborn tree (littéralement arbre têtu) ces arbres qui poussent malgré les obstacles. Ils continuent leur route, quoi qu’il se passe, ce qui leur donne souvent des formes étranges et hors du commun. Voilà, tout est dit ! Être un stubborn tree c’est ça : avancer, coûte que coûte, malgré les obstacles et les déceptions, et devenir un truc unique, super bizarre mais riche et intéressant. On est tous quelque part des Stubborn Trees, nos parcours nous construisent. Il paraît qu’il y a un proverbe asiatique qui dit un truc du genre : l’arbre sage et droit fini en planche, l’arbre tordu vit sa vie. CQFD, soyez un peu stubborn 😉

Yann : Et puis l’arbre est aussi une force de la nature. On aime bien l’idée que la nature puisse gagner le combat.

Vous nous avez mis en boîte avec le clip de Carpe Diem, pouvez-vous nous en parler ?

Laurie : Ah oui, un gros morceau ce clip ! On ne va pas tout expliquer non plus, parce qu’on aime bien l’idée que ce qu’on raconte dans nos morceaux ou nos clips puissent être compris de plusieurs manières, selon le ressenti de chacun. Il n’y a pas qu’une vérité.

Yann : Dans Carpe Diem, on a eu envie de parler de l’enfermement. Chacun est dans sa boîte, dans son petit univers. Et peut-être faudrait-il essayer de sortir de sa zone de confort, de son petit cube, avant qu’il ne soit trop tard, avant de perdre les pédales ! Le temps passe vite, alors faisons les choses avant qu’il ne soit trop tard, cueillons les roses de la vie, Carpe Diem.

Laurie : Pour le côté réalisation du clip, on a écrit, scénarisé, fabriqué les décors et certains accessoires. Puis on a réuni une équipe pro pour la réalisation, les lumières etc…

Quel a été votre processus de création pour ce second EP Roots ?

Yann : Les morceaux de Roots ont été composés par Laurie ou moi. On a choisi les meilleurs morceaux qu’on a ensuite retravaillé à deux : structure, mélodies, jusqu’à ce que ça nous plaise à tous les deux.

Laurie : La plupart des morceaux de cet EP existaient avant que notre groupe soit au complet. Le passage de deux à quatre les a énormément enrichis, notamment avec l’ajout d’une deuxième guitare et d’une batterie live !

D’où puisez-vous votre inspiration ?

Laurie : Ah, si on avait la réponse à cette question… !

Yann : Pour ce qui est des textes, de notre quotidien, nos expériences de vie, notre rapport au monde.

Quels messages vous souhaitez faire passez à travers vos chansons ?

Laurie : c’est avant tout la musique qui nous met sur la voie. En fonction de la composition et de ce qu’on ressent quand on écoute la mélodie, on va avoir envie d’aborder tel ou tel sujet. Après, j’essaie de ne pas être dogmatique dans ce que j’écris. Je n’ai pas envie de dire ce qu’il faudrait faire ou ne pas faire… J’aime l’idée que tout le monde puisse s’approprier une chanson et qu’elle résonne différemment d’une personne à une autre.

Yann : On parle essentiellement de ce qu’on ressent, de nos questionnements sur la vie, le monde qui nous entoure. On aborde des thèmes comme l’envie d’avancer, de tracer sa route, de garder le cap, le besoin de reprendre sa vie en main comme dans What’s Left, mais aussi, l’enfermement, vivre l’instant présent (Carpe Diem), la difficulté à être pleinement soi-même (Fake of me)…

Laurie : Des thèmes très « stubborn » !

Vous êtes quatre, quelles sont les influences musicales qui vous rapproche ?

Yann : On a tous les quatre des influences communes, on est tous des gros fans de rock au sens large. Le rock qui part des Beatles en passant par Pink Floyd, Led Zep, Deep Purple, Metallica, puis la vague grunge Nirvana, Foo Fighters, QOTSA, etc…

Laure : Après on s’enrichi aussi de nos divergences. Yann écoute également du metal (Mastodon, Devin Townsend, Soilwork), moi je suis très Pixies, Highly Suspect…

Camille : Perso, je suis aussi fan de Tool.

Julien : Moi j’aime beaucoup David Gilmour, Ritchie Blackmore ou encore les JB’s de James Brown.

Avec quel groupe / artiste vous rêveriez de partager une chanson sur scène ?

Laurie : Je crois que la liste serait trop longue !

Julien : Les artistes avec qui je kifferais partager la scène sont tous morts pour la plupart ! (rires)

Yann : Ahah, il y en a tellement. Un petit feat. avec Dave Grohl, ce serait trop cool ! Sinon, en groupe français, on aime beaucoup les Stuck in The Sound. Ça nous ferait vraiment tripper de partager un titre ensemble !

Avez-vous des projets pour la suite ?

Yann : On va s’attaquer sérieusement à la scène, on a envie de défendre cet EP en live maintenant !

Julien : Oui et en parallèle, on commence à travailler sur le successeur de Roots pour enchainer assez vite. On a déjà une première sélection de morceaux qu’on commence à bosser en répète. On en compose de nouveaux également…

Camille : On gardera les meilleurs ! (rires)

Quels sont les deux titres que vous écoutez et que vous conseillez à nos lecteurs ?

Laurie : Petit Chat de Stuck In The Sound ! J’adore ce morceau, à la fois génial et complètement fou. Yann : Babalon d’Andrew W.K. Son dernier album God Is Partying mélange pas mal d’influences, parfois kitsch, mais ça s’écoute super bien !

Retrouvez Stubborn Trees sur : Facebook, Instagram et Youtube.

Par Amélie. G

Penny Was Right

Le 10 décembre 2021 les membres du groupe Penny Was Right nous ont offert leur dernier album Happy Machine. Ces dix chansons nous emportent au son d’un punk rock brut plus mature sur le chemin de ce qui fait de nous ce que nous sommes, les marques de la vie. 

Hello Penny Was Right, qui êtes vous ?

On est un groupe de punk à roulette. On fait de la musique pour passer un bon moment, on est 5 et on aime le Jager Bomb et les pizzas.

Quelle est l’histoire de votre groupe ?

Dalia a créé le groupe en 2013 avec l’envie de faire de la musique sans prise de tête pour faire sauter le public. Elle et Cara se sont rencontrés au Roller Derby et ont décidé de se lancer ensemble dans cette folle aventure. Depuis 2013, on a pas mal changé de line up avant de trouver notre forme actuelle.

Et pourquoi avoir choisi Penny Was Right comme nom ?

Parce que Pussycat Dolls était déjà pris… Plus sérieusement, c’est une référence à la série préférée de Dalia The Big Bang Theory.

Quel à été le processus de création de Happy Machine votre deuxième album (de l’écriture à lenregistrement en passant par la composition) ? A t’il été différent pour Dumb & Wild votre premier album et pour vos précédents EP ?

Happy Machine est un album particulier pour nous parce qu’on l’a composé pendant la pandémie. Donc une grande partie de l’album a été composée à distance durant les confinements. Ca a demandé de redoubler d’imagination et d’organisation. Un vrai challenge qu’on a tenté de relever aussi bien que possible.

Est-ce que vous avez une anecdote de studio (ou autre) à nous raconter ?

Un mois avant de partir en studio pour enregistrer l’album, on n’avait toujours pas pu tester en live les morceaux. Comme on avait tout composé à distance, on n’avait aucune idée du rendu réel. On n’avait aucun créneau pour répéter à cause du Covid et des couvre-feux. On a donc loué un château pour s’installer le temps d’un weekend et tester tous nos morceaux en vrai pour la 1ère fois à quelques semaines de l’enregistrement. La pression !

Quelles sont vos influences musicales principales ? Sont-elles différentes pour chacun d’entre vous ?

On a tous grandi avec le punk rock américain comme The Offspring, Blink 182, Sum 41, Nofx, Rise Against… Individuellement, on a des horizons plus larges et différents. On peut ainsi passer du hardcore au garage en passant par la salle de bain et Francky Vincent.

Avec quel groupe ou artiste vous rêveriez de partager un titre ?

Dave Grohl et Bonnie Tyler.

Votre album se nomme Happy Machine, quel est le message derrière ce nom ?

L’album représente les dualités qu’on peut avoir dans la vie. Les mécanismes et rouages qu’on se traine pendant des années et qui nous affectent. Et à côté de ça, on continue de garder espoir, d’avancer et de chercher le bonheur partout tous les jours. Dans l’album il y a des textes sombres qui traitent de l’absence d’un père ou du suicide, mais aussi des messages d’espoir et d’amour. C’est toute cette dualité, ces contrastes qu’on a voulu montrer. Happy Machine est la symbolique de tout ça.

Quels messages ou émotions cherchez-vous à faire passer à votre public à travers les chansons de ce nouvel album ?

Notre musique c’est un peu comme un feu de camp sur la plage au coucher du soleil. Ce qu’on cherche c’est que le public passe un bon moment. On veut que ça fasse renaitre l’adolescent qui sommeille en chacun. On est très beer, geek et skate.

On aime beaucoup l’image de ce robot tenant son coeur, pouvez-vous nous parler de la pochette de votre album ?

On avait quelque chose de très précis en tête. On a fait appel à un artiste indonésien qui était fan de notre musique. On a adoré la collaboration qui s’est passé naturellement.

Avez-vous des projets de concerts pour la suite ?

On commence à planifier des dates pour 2022. Tout ce qu’on peut dire c’est qu’on va prendre la route. Pour l’instant on a déjà Lyon et l’Angleterre de prévu… Affaire à suivre.

Auriez-vous deux titres que vous écoutez tous les cinq à proposer à nos lecteurs ?

Dammit de Blink182 pour l’état d’esprit  et Shake de The Creepshow avec qui on avait partagé la scène du Cirque Electrique et qui nous avait hyper impressionné sur scène.

Retrouvez Penny Was Right sur : Facebook, Instagram et Youtube.

Bleu Nuit

Crédits photo : William Daviau

Ce soir nous traversons l’océan Atlantique direction le Quebec pour rencontrer Bleu Nuit. Ils nous présentent Métal, leur nouvel album concept labyrinthique sorti en novembre dernier mélangeant post-punk, new wave et art rock. On vous laisse découvrir la froideur électrique et conductrice de leur Métal.

Hello, est-ce que vous pouvez vous présenter ?

Bonjour ici Yan Skene (guitare, voix et synthés). Dans l’équipage Bleu Nuit il y a également Nicolas Gaudreault (guitares, synthés), Maxime Sanschagrin (basse) et Marc-Antoine (percussions).

Quelle est lhistoire derrière Bleu Nuit ?

Tout a commencé après la séparation de nos projets respectifs (Pandacide et Eliza). On avait le goût de faire de la musique sans pression et sans trop d’ambitions honnêtement ! Finalement, nos goûts se sont vite développés et on a eu envie de faire un truc plus post-punk. D’ailleurs, le nom Bleu Nuit vient d’une chanson écrite par le groupe Timber Timbre et non d’une émission semi-érotique diffusé sur les ondes télévisuelles québécoises durant les années 90.

Metal cest une matière plutôt froide, pourquoi donner ce nom à votre album ?

C’est effectivement pour ça que l’album s’appelle Métal ! Le côté froid, électrique et conducteur colle bien avec notre nouveau son. C’est aussi un hommage à un des artistes qui a influencé l’album, Gary Numan et la face b de son 7 pouces Cars. Je trouvais ça cool aussi de potentiellement voir un article sur nous avec comme titre : « Bleu Nuit passe au Métal avec leur plus récent album ».

Une atmosphère différente émane de chacune de vos chansons, était-ce une volonté ?

Le côté labyrinthique est une partie essentielle de l’album. On essaie toujours de faire réagir l’auditeur et de le remettre en question. Qu’est-ce que j’entends ? Ça ne fait pas de sens que la chanson se termine abruptement ? C’est exactement le genre d’effet qu’on veut produire. Métal est un album concept qui forme un tout, mais il est également possible de s’identifier à un titre en particulier d’où la force de cet album.

Quelle est votre chanson préférée de lalbum ?

Je crois que Météore, c’est vraiment la préférée de tout le monde. On a eu vraiment du plaisir à enregistrer ça et elle est vachement chouette à jouer en concert ! Le bridge avec les bongos, c’est vraiment notre partie préférée.

Vous avez enregistré votre album dans des conditions particulières, avez-vous une anecdote de studio ?

L’album à débuter un 11 mars 2020, soit deux jours avant le confinement complet au Québec. La création de ce disque a été mise sur pause pendant plusieurs mois et par la suite, on a décidé de se construire notre propre studio d’enregistrement dans le quartier industriel d’Ahuntsic. Un petit 100 pieds carrés au quatrième étage d’un building commercial. Je crois que le plus fou dans tout ça, c’est que le 24 novembre 2020, le Québec était frappé par un vent de chaleur et il faisait près de 30 degrés. On a justement enregistré Météore cette journée ! La chaleur a donné le ton à la chanson, c’est certain.

Quel est votre processus de création notamment pour Métal, de la composition à lenregistrement en passant par l’écriture ?

La musique est toujours composée en premier. Pour Métal, on a refait, je dirais minimum trois à quatre fois les chansons jusqu’à temps qu’on soit rendu au maximum de nos capacités. J’ai (Yan) mis beaucoup de temps sur les paroles et je crois que je me suis nettement amélioré à travers ce disque niveau paroles. On est vraiment satisfait du résultat et contrairement au premier album, on a eu du temps, du financement et des ressources suffisantes pour créer, selon nous, l’essence qu’est Bleu Nuit aujourd’hui en 2021.

Vous chantez en français était-ce une évidence ?

Le français est notre langue principale et on est fier de la défendre. Quand j’écris en français, je travaille fort pour trouver des mots qui ne tombent pas trop rapidement dans le kitsch. Je crois que dans le genre post-punk francophone, c’est audacieux de le faire en français et c’est notre rôle de faire rayonner notre langue partout à travers le monde.

Quelles sont vos inspirations communes ?

Joy Division. Étant un énorme fan de nature, j’ai pas mal forcé les gars a écouté ça au maximum pour qu’ils absorbent leur univers. Je dirais tout ce qui tourne autour de ce genre-là et de quelques trucs plus récents comme Preoccupations ou Crack Cloud.

Qui est à lorigine de lartwork sur la pochette de lalbum ?

On a eu la chance de travailler avec Oliver Pitt. Cet artiste travaille uniquement de façon analogue. La pochette a été faite 100 % à la main avec beaucoup d’outils métalliques et de méthode peu traditionnelle aujourd’hui. Ça a rapidement donné le ton à l’album d’ailleurs.

Avez-vous des projets de concerts ? Au Canada ? Et en France ?

Oui ! On travaille en ce moment même sur une tournée en France pour avril 2022 et on a très hâte. L’accueil en France est vraiment top et les gens sont très curieux. Nous venons de sortir une session live enregistrée en octobre dernier dans le cadre de M. pour Montréal et on suggère à tout le monde d’aller voir ça. C’est super beau et bon !

Quels sont les deux titres que vous écoutez et que vous conseillez à nos lecteurs ?

Exek – Several Souvenirs (Good Thing They Ripped Up The Carpet) / Lulus Sonic Disc Club

NOV3L – Apath (Non-Fiction) Flemish Eye Records

Retrouvez Bleu Nuit sur : Facebook, Instagram et Youtube.

Par Amélie. G



Animal Triste

Crédits photo : Amélie Garnier

Les membres du groupe Animal Triste ont bien voulu nous accueillir dans leur tanière le 26 novembre dernier pour répondre à quelques-unes de nos questions. Nous vous proposons donc ce soir de découvrir nos retours sur leur tournée d’automne ainsi que la plus cool des interview.

Amélie : Qu’on se le dise je suis quelqu’un de très réservé, demandez à Jess elle confirmera (je confirme) . Mais s’il y a bien quelque chose qui peut me faire sortir de ma réserve c’est bien la musique, encore plus s’il s’agit d’un concert de rock ! Alors oui je n’ai pas le vocabulaire d’une professionnelle dans ce domaine mais à la Boîte à Musiques Magazine on essaie de partager la musique que l’on aime avec le cœur. Alors c’est parti pour mon retour sur la tournée d’automne d’Animal Triste. Vous l’aurez peut-être déjà compris Animal Triste c’est un groupe de rock que l’on appréciait déjà particulièrement en version studio, mais si vous n’avez pas eu l’occasion d’aller les voir en live vous avez loupé quelque chose. Depuis septembre nous les avons vus défendre leur projet sur scène (de façon tout à fait raisonnable bien évidemment), d’Évreux à Wattrelos en passant par Rouen, Massy et Paris. On a donc pu apprécier à travers ces cinq dates l’évolution de ce groupe de six potes composé de Yannick au chant, Mathieu à la batterie, Cédric à la basse, Darko à la guitare et au clavier, Fabien et Sébastien aux guitares. Un concert d’Animal Triste ça prend aux tripes, c’est cette énergie folle qui ne vous lâchera pas jusqu’à la dernière note qui raisonnera sur scène. Un voyage rock authentique porté par la voix envoûtante de Yannick et par ces musiciens à la complicité évidente. Un set captivant mêlant les chansons de leur premier album éponyme et de l’album à venir, ne laissant aucun répit. Les six animaux ne nous donnent la permission de reprendre notre souffle qu’après le rappel avec une version toute particulière d’Amor Bay pour repartir de plus belle avec la sauvage et finale Darkette. Je ne saurais que trop vous conseillez si l’occasion se présente à vous, de vous laisser convaincre de les voir en live. Je vous promets, ça vaut le coup.

Jess : Les personnes qui me connaissent savent qu’Animal Triste, c’est mon groupe coup de cœur de ces derniers temps. J’attendais donc avec impatience de pouvoir tracer les kilomètres d’autoroutes et de routes nationales avec mon acolyte de toujours pour enfin les voir sur scène (je lance un appel à toutes les stations autoroutières, n’hésitez pas à nous contacter pour tout partenariat concernant les bouteilles d’Evian ainsi que les sandwiches triangle, nous en serions dignes représentantes). Avant de commencer, il faut que vous soyez prévenus, une fois que vous avez mis un pied à un de leur concert, c’est comme une drogue, vous allez avoir envie de tous les enchaîner. Et je vous encourage vivement à faire de même dès la reprise de leur tournée. Pour notre part c’est chose faite. Et à la question :  « alors qu’est-ce que ça donne sur scène ? » bah c’est la folie ! Dès leur entrée, on sait qu’on va avoir le droit à du très lourd ! Chose qui se confirme à la première note, et qui se reconfirme dès que Yannick se met à chanter. Cette voix qui ne ment pas, la même que l’on retrouve sur l’album et qui est d’une intensité incroyable. Ils n’ont pas besoin d’artifices c’est indéniable. Entre eux c’est fluide, ils sont six mais finalement ne font plus qu’un. Ils ont la même envie : celle de déchaîner les enfers d’un rock qui n’est pas mort, faire trembler les murs et les plafonds (Bien trop bas dans certaines salles, à de nombreuses reprises j’ai craint pour la vie des guitaristes.) Vous l’aurez compris, Animal Triste c’est le feu et je n’ai qu’une hâte : que leur nouvel album sorte et enchaîner à nouveau les futures dates de leur prochaine tournée.

Crédits photo : Amélie Garnier

Animal Triste c’est quoi pour vous ?

Yannick : Ça a commencé comme une récréation, si on peut dire ça. Et puis, il y a eu de plus en plus de potes qui sont venus se greffer au jeu qu’on était en train de faire. Je ne sais pas moi, c’est un peu l’instrument de notre vengeance. Enfin ce n’est pas du tout négatif mais en gros, c’est un projet où l’on fait ce qu’on n’a jamais trop pu faire dans nos autres projets respectifs. C’est le groupe d’ados dans un garage qu’on n’a peut-être pas tous eu. Moi je sais que je ne l’ai pas eu donc je me rattrape de ça.

Mathieu : Moi je suis d’accord c’est très bien. C’est un purgatoire quoi !

Sébastien  : Un exutoire plutôt qu’un purgatoire.

Darko : Non mais c’est un peu une réponse à tous nos questionnements, de pourquoi on fait de la musique tout simplement, pourquoi on a décidé à un moment d’en faire notre vie. Ça redonne un sens un peu à tout. Et effectivement, il parlait de ce fantasme adolescent de groupe dans un garage, et on retrouve ça à nos âges avancés. La joie de se retrouver dans un van avec des potes, faire des kilomètres et jouer nos chansons dans pleins de lieux différents. C’est une récré.

Mathieu : C’était aussi, comment dire pour un peu rendre hommage aux gens qu’on a vraiment aimés. De se dire pourquoi on a fait de la musique, qu’est ce qui nous a animés au départ. On parlait des Doors, de Nick Cave et bien parce que ces gens étaient là. Et est-ce qu’on ne pourrait pas faire ça entre potes ?

Votre premier album a presque 1 an, elle s’est passée comment cette première année de vie ?

Darko : C’était hyper paradoxal parce que normalement le cycle, c’est une sortie d’album puis la promo et une tournée. On enchaîne et on a plus le temps de penser à rien. À cause du contexte on a été bloqués, assignés à domicile mais on n’a jamais autant joué que cette année-là où on a été supposé ne rien faire. Très vite on a dû se projeter sur un avenir, certes incertain à l’époque, mais on a très vite enchaîné avec les gars. On a composé et on a bossé sur le prochain album à venir alors qu’on n’avait même pas encore tourné pour le premier. Et effectivement c’est bizarre. On n’avait le droit de ne rien faire et pourtant on n’a jamais été aussi actifs que durant ces quelques mois qui viennent de s’écouler. La tournée est supposée être le point d’orgue et le rush alors que nous, on prend ça plus comme une détente, par rapport à tout ce qu’on s’est infligé comme masse de boulot. Là ça y est c’est les vacances, c’est la colonie on a le droit de faire des bornes.

Fabien : Il y a un truc très paradoxal, on tourne pour le premier album mais on joue pas mal de morceaux du deuxième.

Darko : Que l’on n’a pas encore sorti !

Fabien : On revient un peu à l’ancienne où on faisait des tournées avant les sorties d’album. Où les mecs présentaient leur nouveau disque en tournée.

Cédric : Ils tournaient et pas forcément en rapport avec leur actualité. Ils faisaient des tournées parce qu’il fallait bien manger. Et donc en tournée tu joues les chansons que tu bosses en ce moment, peu importe si l’album vient de sortir ou s’il va sortir.

Fabien : Du coup, c’est assez rigolo de se dire on est censé tourner le premier album et finalement on défend quasiment un album trois quarts. Remarque, ça a été plus facile pour nous de faire la liste on avait plein de morceaux à jouer.

Crédits photos : Amélie Garnier

C’est votre première tournée ensemble, vous avez pu trouver chacun vos marques ?

Mathieu : C’est fluide, c’est comme quand on fait une soirée entre potes, tu vois.

Sébastien : C’est toujours bien les premiers instants d’une relation, tout est beau quoi. On verra la deuxième tournée si là tout est formidable. (Rires)

Yannick : On se connaît tellement tous bien.

Darko : C’est notre première tournée tous ensemble.

Mathieu : C’est un peu l’agence tous risques.

Darko : On se connaît depuis tellement d’années. Certains sont voisins, d’autres sont allés à l’école ensemble dans les années soixante. On part même en vacances ensemble.

Mathieu : Non mais c’est facile, c’est tout simple. On ne se pose pas de questions, on va droit au but et c’est chouette.

Comment avez vous travaillé et choisi la set list ?

Darko : Cette période particulière a induit que nous reportions cette tournée à maintes reprises mais nous nous estimons heureux car les concerts ont finalement eu lieu… Le fait est que nous avons doublé notre répertoire durant cette longue attente imposée par ce satané virus avec la composition et l’enregistrement du deuxième album et ça aurait été très frustrant pour nous de ne pas intégrer quelques nouveaux morceaux à la setlist… Du coup même si cette tournée découlait de notre premier album, on n’a pas pu résister à la tentation, certes par plaisir, mais aussi afin de parfaire les atmosphères et tenir un concert sur la longueur sans qu’il y ait de creux. C’est une petite science en soi et rien n’est laissé au hasard dans la construction d’un set. Jusqu’au rappel

Vous êtes tous normands si je ne me trompe pas, vos deux premières dates étaient à Gisacum (Le Vieil-Évreux) et au 106 (Rouen). Ça vous à fait quoi de commencer à la maison ?

Mathieu : Seb, toi qu’est-ce que ça t’a fait ?

Sébastien : Moi j’étais à l’étranger (rires). Non mais c’était très bien et en même temps il y avait un côté un peu exutoire. Il était temps.

Cédric : Ça faisait du bien.

Fabien : À Gisacum c’était super, c’était un lieu assez incroyable.

Cédric : Et aussi toute la journée on a prié pour qu’il ne pleuve pas, ce n’était quand même pas gagné.

Fabien : Et puis aller sur les terres de David pour le premier concert, c’est quand même cool.

Darko : Ça faisait très longtemps que je n’avais pas joué à Évreux. Il y a un petit côté ou tu commences par le dessert, parce qu’inévitablement c’est le début de la tournée, donc en termes de notoriété sur le pays ce n’est pas foufou. Mais en Normandie c’est cool parce qu’il y a nos proches, nos potes, les potes des potes. Du coup on a fait notre premier concert en club à Rouen et on commence par un concert complet.

Mathieu : Moi je crois que dans l’ordre ce que j’ai préféré c’était hier ( à la Maroquinerie ) et Massy (aux primeurs), mais bon après c’est du ressenti.

Cédric : En tout cas il n’y en a aucun où on s’est dit « ce n’était pas bien » quoi !

Darko : C’est toujours à double tranchant les dates à la maison.

Mathieu : Ouais moi je n’aime pas trop.

Darko : Jouer devant sa famille, ses parents, ses amis ça fait un peu plus de stress pour le coup. Et puis on a plein de soucis logistiques à gérer que l’on n’a pas ailleurs, comme gérer les susceptibilités par exemple.

Sébastien : Moi ma date à la maison c’était à Castres.

Crédits photo : Amélie Garnier

Paris a toujours une saveur particulière, qu’avez-vous pensée du concert d’hier ?

Mathieu : C’était la première date à Paris pour Cédric, je suis trop fier.

Cédric : Première date de ma vie à Paris oui. J’étais content, c’était super. À travers l’expérience des gars moi je m’attendais à tout en fait. Parce qu’eux, ils sont passés dans des lieux vachement plus rudes à ce que j’ai compris donc je m’attendais à un accueil beaucoup plus minimaliste. La configuration de la salle n’est ni trop petite ni trop grande. L’accueil et la salle étaient super.

Mathieu : En fait, ce qui est compliqué à Paris c’est que tu as toujours la prod qui prévoit d’inviter les labels, les programmateurs de radio, les programmateurs de festivals. Et qui nous dit attention c’est la date parisienne, il ne faut pas rater le concert. Donc tu as beau te dire je m’en fous, tu as toujours un peu ce truc-là. Mais à nos âges tu t’en fous, avec ce groupe-là vraiment tu t’en fous. Et ça c’est génial. Vous n’avez pas aimé ? Allez vous faire foutre. C’est super.

Cédric : Et puis on n’a pas fait de set spécial. C’est ce que disait Philou, il y a aussi l’écueil des dates parisiennes où tu te sens obligé d’inviter un tel ou un tel pour faire un featuring improbable répété une demi-heure avant le show. Donc un truc bancal.

Vous avez rencontré votre public, qu’est-ce que vous voulez que les gens retiennent d’un concert d’Animal Triste ?

Sébastien : Ce sont eux qui le disent le mieux. Souvent ils viennent pour nous dire que ça leur fait du bien de voir des mecs qui suent avec des guitares dans les mains, ça faisait longtemps qu’ils n’avaient pas vu ça.

Mathieu : C’est vrai qu’on a eu pas mal de gens qui nous disent « merci, ça fait du bien ». Et là tu te dis bah ouais.

Yannick : Ça se voyait aux sourires des gens hier dans la salle, c’était sans équivoque quoi.

Mathieu : C’est comme si on s’autorisait à faire quelque chose que les gens ont envie d’écouter, alors que soit ils n’en font pas soit ils ont arrêté d’en écouter. Alors que le Rock il est là depuis toujours. Il a plein d’autres formes et tu as vraiment l’impression que ça n’existe plus.

Quel est votre ou vos meilleur(s) souvenir(s) de cette tournée d’automne ?

Darko : Je crois qu’on disait qu’on avait commencé la tournée par les dates dites locales, moi mon premier bon souvenir c’est juste de prendre la route dans un van avec ces animaux-là et de tracer la route pour faire des bornes. Et donc inévitablement sur ces kilomètres il y a un autoradio, et on écoute des trucs.

Mathieu : Il y a eu une petite compilation de Michel Jonasz en allant en Bretagne et on a un peu rigolé.

Cédric : Moi pour redresser la barre, je dois dire que j’ai un très bon souvenir d’avoir écouté le dernier IDLES en rentrant de Brest.

Crédits photo : Amélie Garnier

D’ailleurs est-ce que vous avez une anecdote de tournée ?

Fabien : On allait à Nantes, et le camion ne démarrait pas. Donc on a appelé un pote garagiste en urgence qui a fait démarrer le camion avec de la laque à cheveux.

Darko : Et Elnett a sauvé notre tournée.

Fabien : C’était ça sinon on ne partait pas à Nantes

Philou : Non mais après qu’est-ce qu’il y a eu ? Cédric tu as pété une tête d’ampli sur scène quand même à Brest.

Fabien : Et un clavier pour Darko.

Cédric : Oui la tête d’ampli basse qui s’est mise en sécurité à Brest, qui nous a fait le faux espoir de refonctionner en répétitions mais non. Donc on a dû aller chercher une tête d’ampli en catastrophe hier matin pour la date parisienne. C’est une petite anecdote de plus.

Sébastien : Moi j’ai pété une corde sur la première chanson du premier concert et depuis plus jamais. C’était la nervosité, j’étais trop tendu du poignet droit.

Est-ce que vous avez un rituel avant de monter sur scène ?

Mathieu : Ça, on ne peut pas en parler.

Yannick : Non mais on se fait des petits câlins.

Darko : Oui c’est ce que j’allais dire, on est plutôt câlins. Ce n’est pas très wild mais affectueux, Animal Câlins.

Fabien : On essaye juste de rigoler un maximum, donc beaucoup de blagues et quelques bières on ne va pas se mentir.

Mathieu : Mais pas trop avant de monter sur scène.

Darko : Non non on fait gaffe avant.

Vous avez de tops collaborations pour votre merch, ça s’est fait comment ?

Darko : L’Animal Beer. On a une collab avec des gars qui s’appellent SPORE, c’est une coopérative et ils brassent une bière bio et éthique. Ce sont des gens hyper cool. Et j’ai une histoire avec un mec de ce collectif-là avec qui on a bossé dans une ancienne vie pour un festival de rock. Et je lui ai dit que s’il y avait bien un point commun entre nous tous c’est l’amour de ce doux nectar. Et du coup voilà on a brassé l’Animal Beer avec eux, conjointement. Ça c’était cool. On a fait quoi d’autre comme collab ? Bud skateshop.

Cédric : Oui parce que je travaille de temps en temps avec un gars qui a plusieurs magasins de skate en France.

Darko : Cédric c’est le skater du groupe à la base.

Cédric : Je fus, je fus. Moi je suis architecte à côté pour la petite histoire, et donc pour élaborer le futur skatepark de Rouen on a essayé de faire bouger les choses avec ce gars-là. Donc j’ai été amené à bosser pas mal avec lui. On s’entendait bien et en plus moi étant ancien pratiquant je traîne souvent dans son magasin. Je savais qu’il avait déjà fait des collaborations pour des planches avec des groupes de Rouen. Donc je lui ai dit « est-ce que tu fais toujours ça ? ». Il m’a dit « bah ouais carrément, on va écouter pas de soucis ». Il a fait 150 planches qu’il a réparties dans ses différents magasins. On en prend autant qu’on veut pour les vendre, on lui donne ce que ça lui coûte et le reste c’est pour nous. C’est hyper cool de sa part.

Fabien : On va avoir d’autres collaborations encore. Avec un maître verrier, vous verrez pourquoi bientôt. Et aussi avec un mec qui fait des pédales, on va sortir des Fuzz et des Overdrive. On fait tout ça en local. C’est-à-dire qu’à chaque fois on travaille vraiment en circuit court. On est locamusivore, on essaie de bosser avec les gens tout autour de nous. C’est une grande famille. Moi je travaille dans une école de musique et mon directeur c’est lui qui fait toutes nos images. Le clip de Dancing in the Dark c’est lui. On travaille vraiment dans un cercle très fermé, avec des potes et dans des conditions cool. C’est un peu le principe de base du groupe, pas de relous.

Crédits photo : Amélie Garnier

Vous jouez de nombreuses chansons sur scène dont certaines que l’on ne retrouve pas sur le premier album. Va-t-on les retrouver sur le prochain ?

Cédric : Toutes celles que vous ne connaissiez pas, sont dessus.

Mathieu : L’album sort le 4 février. Vous avez le titre ? Vous le voulez ? Pouic-pouic le retour des pirates. BAM. Non c’est Night of the Loving Dead.

Tell me how bad I am, c’est le premier extrait de votre futur album en collaboration avec Peter Hayes de Black Rebel Motor Circle Club. Quelle est l’origine de cette collaboration ?

Mathieu : On a fait une liste en gros de gens avec qui on aimerait travailler. Il n’y avait pas de français, c’est rigolo hein. On avait listé pas mal de gens, il y avait les Black Angels, The National, Nick Cave vous imaginez ce genre de garçons. Et puis il y avait Black Rebel depuis toujours en fait. Et c’est difficile d’avoir les contacts de ces gens parce qu’on te file le contact d’un agent du bureau anglais puis d’un agent du bureau américain… Et j’avais contacté un mec de chez Pias qui m’avait dit « écoute Black Rebel laisse tomber, ils feront aucun feat. Laisse tomber ce n’est vraiment pas possible ». Mais ça m’embêtait quand même donc j’ai tapé simplement sur internet Black Rebel contact. Ça m’a emmené sur d’autres sphères, et du jour au lendemain je me suis retrouvé en contact avec leur agent. Il m’a dit « je fais écouter à Peter » et le lendemain on avait un mail de Peter. Tout de suite à ne parler que de musique, ça n’a jamais été une histoire de thunes jamais. Vraiment pour le plaisir de la musique. Le mec est d’une élégance dans ses réponses, dans ses messages. Il a vraiment la classe. Je me suis dit que c’était le 06 le plus cool que j’avais dans mon téléphone. On était comme des dingues. Rien que de te dire que ta musique va être écoutée par des gens que tu surkiffes et qui font que tu fais ce métier c’est génial. Le mec il t’envoie un truc où il joue de la guitare d’abord sur une de tes chansons puis sur deux et pas que de la guitare, il a rajouté des claviers. Et je me souviens lui écrire « je ne sais pas comment te remercier », et il me dit « non c’est le plaisir de la musique ». C’est juste incroyable.

Fabien : Ce qui est bien, c’est qu’on se retrouve dans les valeurs.

Mathieu : Quand je vous dis que les mecs sont cool, c’est vraiment d’une coolitude. On est trop fier. On devait faire un feat avec le chanteur des Black Angels aussi, mais là on a eu un problème de timing. C’était compliqué, mais on ne désespère pas.

Sébastien : Paradoxalement j’ai trouvé que c’est arrivé de manière comme tu dis très naturelle, et ça me semble vachement plus facile de faire une collab avec des musiciens étrangers qu’avec des musiciens français. En France nous, on a essayé avec La Maison Tellier à plusieurs reprises et ce n’est pas facile en fait. Ce n’est pas dans la culture en France, j’ai l’impression qu’on regarde s’il n’y a pas une double intention. Tu vois du genre « qu’est-ce qu’on a à y gagner à faire ça ? Qu’est-ce qu’on a à y perdre ? ». Peter Hayes, il s’en foutait. Il a fait « tient la chanson elle est cool, je vais jouer dessus » point. J’ai l’impression que peut-être les musiciens américains, ils ne se posent pas ce genre de questions.

Fabien : Son manager se les pose pour lui.

Mathieu : C’est ça, il a squeezé directement le manager. Mais moi à titre très personnel ce qui est rigolo, c’est que je n’ai pas tout de suite aimé ce groupe. C’est Darko qui je me souviens me ramène leur premier album et ça ne me parle pas.

Darko : C’est simple l’album à 20 ans cette donc année donc il y a 20 ans. Moi à la première écoute j’ai été subjugué en me disant « c’est ma vie, c’est ça que je veux faire vraiment ». C’est pour ça que je suis bouleversé par ce feat.

Mathieu : Par ricochets ce qui est ouf, c’est que je trouvais ça pas mauvais mais je n’avais pas reçu le truc. Et je me souviens d’aller voir un film qui s’appelle Nine Songs où on les voit en live et pour moi c’est BRMC qui vole au-dessus des autres. Et avec Radiosofa à ce moment-là on signe chez Pias qui nous filent leur troisième album, et on va les voir tous les trois (avec Darko et Fabien) à l’Elysée Montmartre où je me prends une claque mais un truc. Tu te dis « mais qu’est-ce qui vient de se passer ? ». Ce qui fait que même l’histoire personnelle est rigolote. Le deuxième album de Radiosofa était un peu sous l’emprise de BRMC. C’est assez marrant que ce truc voyage, de groupe en groupe.

Pour la suite va-t-on vous retrouver sur une seconde partie de tournée ?

Mathieu : bah écoute si tout se passe bien. On va croiser tout ce qu’on a.

Cédric : En tout cas c’est le projet.

Sébastien : C’est aussi compliqués parce que ça va faire genre un an que tous les gens des milieux autorisés nous disent attention il va y avoir un gros embouteillage et bah là c’est maintenant. 2022, c’est déjà blindé donc les tourneurs ont du mal à booker tout ce qui est pas super visible. Il n’y a que la surface déjà visible de l’iceberg qui à plus de visibilité qu’avant encore parce qu’il n’y a plus de place pour le reste en fait. Donc oui on va faire ce qu’on peut.

Cédric : On en fera, mais peut-être pas autant qu’on veut.

Mathieu : Moi je suis sûr qu’on va y arriver.

Est-ce que vous voudriez partager une chanson sur scène avec quelqu’un ? Si oui avec qui ?

Amélie : Mathieu te ne peux pas répondre Nick Cave.

Mathieu : On ne peut pas répondre Nick Cave c’est ça ?

Sébatien : Tu veux partager la scène avec Nick Cave, mais tu es cinglé. Moi je ne partage pas la scène avec Nick Cave.

Darko : Mais moi je rêve de me prendre une leçon par Nick Cave et les Bad Seeds. Non mais je ne sais pas qui d’autre ?

Mathieu : Avec Black Rebel forcément.

Darko : C’est vrai qu’on pourrait faire un peu d’international avec eux.

Fabien : Avec Mark Lanegan, j’aimerais bien mais j’aurais peur. Je ne sais pas si cela serait super, l’homme à l’air un peu compliqué.

Mathieu : Je pense que ça serait bien cohérent, ça serait cool.

Cédric : Je serais plus BRMC, parce qu’ils sont plus proches de nous et Nick Cave je ne saurais pas trop comment me placer.

Mathieu : J’imagine la Route du Rock, on joue et il est là quoi.

Sébastien : Moi j’aimerais bien PJ Harvey ou Sharon Van Etten.

Mathieu : Et vous avec qui vous voulez nous voir jouer ?

Darko : C’est pas mal ça.

Jess: Bah moi je réponds Nick Cave forcément ( Nick, si tu nous lis …)

Amélie : Ça serait bizarre vraiment, mais avec The Cure.

Retrouvez Animal Triste sur : Facebook, Instagram, Youtube.

Par Amélie. G & Jess. D

Animaux Surround

Crédits photo : Isidore Hibou

C’est au détour d’une rue de Metz que nous avons pu rencontrer Animaux Surround pour discuter de son dernier EP Till Death Dries. On vous laisse découvrir l’univers de cet artiste tout en discrétion, qui préfère la retenue au sur-jeu et de son EP qui allie à la perfection mélancolie et échappées lumineuses.

Est-ce que tu peux te présenter ?

Je travaille sous le nom d’Isidore Hibou, un pseudo évidemment. Au départ, c’est un projet de photos et de beaucoup de choses transverses. Et c’est sous le nom d’Animaux Surround que je fais de la musique. Ça fait quelques années que je fais des trucs, il y a eu plusieurs albums mais ceux-là vraiment version home-made revendiquée, voire carrément brouillons. J’aimais bien ce rendu brut mais je me suis rendu compte que l’esthétique punk pouvait être un prétexte à ne pas aller plus loin. Alors pour cet EP j’ai voulu que ce soit un peu plus carré, plus instrumental aussi parce que les autres étaient plus synth-pop, un peu plus électro.

Et du coup tu es solo sur le projet de A à Z ?

Sur les projets précédents, j’étais effectivement seul. Un de mes morceaux d’un précédent EP a été retenu pour une compilation berlinoise qui s’appelait Not So Cold : A Warm Wave Compilation, qui rassemblait différents groupes de cold-wave. C’est à partir de là que je me suis dit qu’il fallait que je développe un peu plus le truc. C’est pour ça que j’ai voulu que cet EP sonne plus ‘‘pro’’, car il y avait quand même un petit auditoire à mes projets et ça en valait la peine. Pour cette sortie, j’ai tout écrit et composé seul mais je suis passé par un ami mixeur-arrangeur pour avoir un rendu davantage studio. C’est la partie où j’aurais tendance à tout lâcher, enfin à y aller un peu en vrac alors j’ai essayé de contenir ça cette fois.

Qu’est ce qui t’a donné l’envie de lancer le projet Animaux Surround ?

Je fais de la musique depuis longtemps en autodidacte. Je marche beaucoup à l’intuition, à l’instinct car je n’ai pas forcément les bases théoriques. J’aime bien le moment où je trouve un petit bout de mélodie et tout ce cheminement qui se fait jusqu’à la chanson complète, l’idée que 3 notes jouées sur une guitare sèche deviennent quelque chose de beaucoup plus important et abouti. J’aime bien jouer avec ça, commencer par un tout petit truc, bâtir par couches le morceau, le faire évoluer. Au départ il n’y a pas de construction prédéfinie, c’est juste voir comment on peut développer un fragment de mélodie et en faire un petit objet. J’aime bien considérer les chansons comme de petits objets, un peu comme un artisan qui polit doucement son œuvre avec des couches successives jusqu’au verni. La musique, c’est un des rares supports où l’on peut perdre un peu la notion du temps quand on en fait, être ailleurs sans se soucier qu’il soit déjà trop tard et qu’il faille se lever pour aller au boulot le lendemain.

Pourquoi as-tu choisi ce nom, Animaux Surround ?

C’est une bonne question, parce que je ne me souviens même plus très bien, en fait. J’aimais bien le mélange Français/Anglais parce qu’il est aussi arrivé que je fasse des trucs en français. Peut-être qu’à l’avenir j’irai d’ailleurs plus vers le français, même si je trouve compliqué de faire sonner la langue. Après c’était plus l’idée d’une animalité totale, surround, qu’il peut y avoir dans la musique. Mais en même temps il y a quelque chose qui ne sonne pas très violent non plus, il y a un côté un peu rond je trouve, qui fait que l’on s’interroge. J’aimais bien le mélange du bestial et du neutre. C’est l’instinct de la musique, parce que c’est une chose pas très intellectualisée au départ, ça le devient après quand on commence à retravailler les morceaux. Mais l’impulsion originale est quand même assez animale, avec des émotions sur lesquelles on ne met pas forcément de mots.

Est-ce que tu peux nous parler de l’EP Till Death Dries ?

Il y avait des bribes de mélodies qui traînaient depuis quelque temps et je me suis posé pour en faire quelque chose, les prolonger et les terminer. C’était surtout en toute fin de journée, et on y retrouve cette ambiance du soir voire de la nuit que j’aime bien. Pour travailler j’aime être dans ces dispositions-là, c’est plutôt un disque de la nuit je crois. Pour les textes c’est assez instinctif aussi, c’est généralement la musique avant les textes. Après j’ai la mélodie du chant, les mots me viennent un peu comme ça et je peux commencer à jouer avec. Sur la musique en elle-même, j’aime les ambiances plutôt sombres donc c’est relativement mélancolique, c’est vrai, mais je trouve qu’il y a malgré tout des échappées de lumière. C’est un peu l’écueil que je voulais éviter : qu’il soit l’album de l’automne, je ne voulais pas aller vers ça, donc il y a des moments d’éclaircies. Comme dans la chanson Disorder par exemple, à un moment il y a une grosse batterie un peu électro qui arrive et on se demande ce qu’il se passe là, comme si un voisin tapait sur le mur.

Disorder, la chanson a un rapport avec Joy Division ?

Au départ non, mais j’adore Joy Division donc peut-être inconsciemment. En fait, c’est juste parce que sur la toute première partie, sur le squelette de la chanson, la guitare et le chant me sont venus comme ça. J’avais en tête le chant « I’m a soldier of disorder » ; c’était pendant toute cette période de confinement et d’isolement. On se demandait où sortir et trouver le désordre, alors qu’on était en plein dedans ; c’était un jeu avec ça, mais de façon très très cryptique.

Quelles sont tes influences musicales ?

Il y en a beaucoup. Joy Division évidemment, Nick Cave. Einstürzende Neubaten. Des groupes comme Coil aussi. Après des choses un peu plus classiques comme The Doors. J’aime beaucoup comme Jim Morrison place sa voix, plus encore que sa tessiture,. Il y a aussi Poni Hoax, avec Nicolas Ker que j’aime beaucoup, ce genre de personnages à la Daniel Darc. Sombres et hyperlumineux en même temps. Ces personnages de l’entre-deux, un peu paumés, cassés, mais capables de sublime.

Quelles émotions ou messages cherches-tu à faire passer à travers tes chansons ?

De message, aucun, parce que je n’ai pas la prétention d’avoir à en délivrer. Sur les émotions, je dirais la pureté. J’ai envie qu’on sente que ce n’est pas joué. Je n’aime pas quand on en fait trop. Je préfère la demi-teinte en général. C’est ce que je voulais dire tout à l’heure d’ailleurs sur la composition en elle-même, j’aime bien quand c’est un peu calfeutré, quand il y a une tension. J’aime bien quand il y a ce truc-là de resserré, qu’il y a une espèce de violence qui n’éclate pas, une tristesse qui n’éclate pas non plus. J’aime cette tension.

Quel est ton processus de création ?

Pour les textes je note beaucoup de choses à droite à gauche, des bouts de phrases qui peuvent parfois se retrouver dans certaines chansons. Sinon, sur la musique en elle-même c’est assez simple, ça part toujours de quasiment rien comme je le disais tout à l’heure. Par exemple sur Disorder, c’était juste un soir assez tard, quelques notes de guitare que j’enregistre à la volée sur mon téléphone portable en me disant que ce n’est pas mal et qu’on peut en faire un truc. Ça se fait plutôt comme ça. Tout est ensuite retravaillé en home studio, avec un dispositif très réduit mais qui permet de faire pas mal de choses.

Quels sont tes projets pour la suite ?

J’aimerais bien que l’EP devienne un objet ; pour l’instant il est disponible en streaming sur Bandcamp, etc. C’est vrai que je n’ai pas eu trop le temps de chercher de label et j’aime bien le côté complètement indé du projet, même le clip par exemple c’est moi qui l’ai fait. Je l’ai filmé au téléphone portable, vraiment le truc spontané, et finalement je crois que ça marche. Et oui donc en faire un objet, soit un cd, soit un vinyle, ça serait vraiment l’idéal. Pour la suite, des concerts sans doute, il y en a un qui devrait se faire en mars prochain mais je réfléchis au format. Essayer d’être à deux, trois ou quatre pour avoir une version live différente de l’EP, qui amène quelque chose de plus.

Quelle est ta collaboration rêvée ?

Peut-être Nicolas Ker, mais de là où il est aujourd’hui pour faire danser le marbre. Une espèce de concert fantôme.

Quelle est l’histoire de la pochette de ton EP ?

La pochette vient d’un projet artistique que j’ai exposé à Berlin, dans une galerie où j’ai d’ailleurs joué l’EP. C’est une série de photos et un objet dont le titre est Till Death Dries. C’est un verre rempli d’un poison et que j’ai photographié sur un mois en train de sécher. C’était assez curieux et intéressant parce que le breuvage au départ est blanc, et en séchant ça a laissé une dentelle noire un peu funèbre, très dense.

Pourrais-tu proposer deux titres que tu écoutes à nos lecteurs ?

Dernièrement, j’ai écouté en boucle Big Appetite du dernier album des Liars. Pour le second titre, The Other Side of Life de Japan. Un titre légèrement suranné mais dont j’adore l’orchestration.

Retrouvez Animaux Surround sur : Facebook, Instagram et Youtube.

Par Amélie. G

Max Adams

Crédits photo : Cécile André

Avec la sortie de son premier EP, le 19 novembre 2021, Max nous partage un récit d’envolées symphoniques et aériennes, nous immisçant délicatement dans son parcours émotionnel. C’est avec sincérité qu’il s’est livré, afin de nous faire découvrir un peu qui il est.

Hello Max, peux-tu nous raconter qui tu es ?

Hello Jess, alors, alors, je suis Maxime, me cachant sous le nom de Max Adams. J’ai 27 ans et je suis Nantais d’origine. Je suis actuellement dans les paperasses pour devenir intermittent du spectacle, donc je pourrai bientôt dire que je vis totalement de la musique. J’ai eu un parcours assez classique, accompagné d’un apprentissage (trop) classique du piano à côté. Passant d’un bac scientifique à des études dans le social, je me suis vite rendu compte que la musique était ce que je voulais absolument faire.

Qu’est qui t’as poussé à écrire et à composer ?

Je pense que ce sont les planches de la scène qui m’ont poussé dans un premier temps à composer. J’ai découvert ça en intégrant des groupes de musiques, et tout de suite, j’ai senti un besoin de m’exprimer en composant et ensuite les partager. Et c’est que depuis une grosse année que j’ai commencé à écrire mes propres paroles. Avant, je proposai à des proches de les écrire sur des mélodies que je composai, mais aujourd’hui, j’ai senti qu’il était nécessaire de les écrire moi-même pour mieux les interpréter et les rendre plus sincère.

Comment te sens-tu depuis la sortie de ton EP ?

Je me sens soulagé. Soulagé de pouvoir enfin montrer tout ce travail auprès de celles et ceux qui me suivent et m’accompagnent sur Max Adams. Et je suis très heureux d’enfin pouvoir partager, échanger dessus avec tout le monde. Ça me donne une énergie débordante pour entamer la suite de l’aventure, créer, composer, jouer et partager de nouvelles choses.

Peux-tu nous en dire plus sur ton processus de création ?

Pour composer, j’ai mon petit rituel. Toute une matinée, j’écoute trois morceaux qui m’inspirent et qui vont me mettre dans un mood particulier. L’après-midi, je commence à composer et aller tel un taureau droit vers un objectif sans s’arrêter, même si la direction ne me plaît généralement pas. À la fin de cette première tentative, je me laisse un peu de temps pour rafraîchir mes oreilles, puis je réécoute l’ébauche et vais sélectionner un ou deux éléments qui me parlent tout particulièrement (une percussion, un accord, une mélodie, etc…) et je vais tout reprendre à partir d’eux pour finir avec une deuxième ébauche qui me plaît mieux. Pour terminer, j’ai deux/trois paires d’oreilles supplémentaires qui vont m’aider à affiner et détailler le morceau.

Ton EP aborde des thèmes lourds, des histoires très personnelles, peux-tu nous en parler ?

Chaque morceau raconte plusieurs périodes de ma vie, la perte de proche par exemple. Ce moment où tu ne comprends pas ce que c’est, de voir partir une personne qui t’est chère, de vouloir la retenir égoïstement pour l’avoir toujours proche de toi, mais enfin accepter de la laisser s’en aller et de vivre avec.
Je raconte aussi un passé amoureux où tu te rends compte à un moment que la personne avec qui tu partages tes moments intimes n’est finalement pas la bonne et que cette relation est néfaste pour toi.
Pleins de petites choses pas très joyeuses en effet ahah, mais qui m’ont permis de me construire tel que je suis aujourd’hui et peut-être d’avoir un recul suffisant pour aller de l’avant.

Quel mot choisirais-tu pour le décrire ?

Je pense que le mot que je choisirai est « Mélancolie ». Elle définit bien toutes ces périodes traversées par le passé et on a tous besoin de ce moment je pense. C’est un mot qui a beaucoup de sens pour moi, mais pas forcément négatif, car il est important d’accepter le vécu, de vivre avec et d’avancer vers un futur plus serein.

Quel est ton titre préféré ?

Mon titre préféré dans l’EP… C’est compliqué car chacun raconte une partie de mon histoire et sont donc tous un peu mes préférés… Mais si je dois choisir, j’opterai pour Oceans Apart, car, c’est avec lui que j’ai réellement commencé mon projet, c’est le premier de l’EP. C’est également le premier morceau que je joue sur scène et il me permettre de me mettre dans un mood parfait pour le live !

Quels sont tes futurs projets ?

Je suis en train de préparer pas mal de choses à côté. J’espère pouvoir présenter une plus large vision de Max Adams l’année prochaine, mais je pense m’en séparer un peu en début d’année pour me consacrer à un nouveau projet musical qui me tient tout autant à cœur… Je ne peux pas vous en dire plus, mais j’en parlerai bientôt sur les réseaux sociaux !

Quels sont les deux morceaux que tu écouterais pour le reste de ta vie ?

Question difficile ! Je pense que si je dois choisir, je prendrai Josin – Traveller qui pose une atmosphère hyper calme, qui apaise. Et en deuxième morceau… Glass Animals – It’s All So Incredibly Louds qui a une de ses montées épiques comme j’adore. Et le clip est absolument génial.

Retrouvez Max Adams sur : Facebook, Instagram et Youtube.

Par Jess. D

Rosaway

Crédits photo : Denis Piednoir

Rosaway c’est le résultat de l’alliance de Rachel avec Stef. Leur originalité : avoir mélangé voix, flûte traversière et batterie. Le tout, nous donne une pop métissée, nerveuse et resolument contemporaine, chantée par la voix aérienne, aux accents souls et gospel de Rachel.

Bonjour, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Bonjour ! Nous sommes Rachel et SteF. Nous sommes respectivement Chanteuse/flûtiste et batteur dans le projet Rosaway.

Comment vous êtes-vous rencontrés et comment l’envie de faire de la musique ensemble est-elle venue ? Et pourquoi avoir fait le choix du nom ROSAWAY ?

Nous nous sommes rencontrés à l’occasion d’une soirée organisée par des musiciens, il y a près de 9 ans. Nous avons eu l’occasion de jouer ensemble un an ou deux après notre rencontre. Le feeling, ce « petit truc » indéfinissable s’est produit et nous avons su à ce moment-là qu’il nous faudrait partager la scène encore. Mais c’est seulement 2, 3 ans après cette première scène ensemble que nous avons décidé de créer un duo.

Nous avons choisi Rosaway car il s’agit d’abord de nos initiales mais également car ce nom revêt une couleur un brin désuet et un « chouïa » kitsch qui nous a plu.

Avez-vous les mêmes influences ?

Oui et non. Nous venons de deux genres musicaux différents. Rachel vient du classique et SteF du blues. Nous avions un langage et des codes différents. En revanche, nous avions, à peu d’exceptions près, les mêmes goûts musicaux. Nous nous sommes retrouvés là finalement.

Qu’est-ce qui vous pousse à écrire, à composer ? Avez-vous des messages particuliers à faire passer ?

L’envie de raconter des histoires, de créer des bulles narratives et musicales de quelques minutes. Nous prenons beaucoup de plaisir à imaginer un texte et lui donner vie en musique. Créer notre projet était l’occasion pour nous d’essayer tout et surtout sans limite (de genres, de styles, de timing, de langue…).

Nous ne sommes pas un groupe engagé au sens littéral du terme. En revanche, nous nous saisissons de l’actualité, des faits sociétaux et du monde qui nous entourent. Ce sont nos plus grandes sources d’inspiration.

Si vous deviez parler de votre EP à une personne qui ne l’a pas écouté, comment le décririez-vous ?

Coloré, bigarré, éclectique, ironique, drôle mais surtout « feel good »

Quels sont vos futurs projets ?

Nous venons de sortir un nouveau single : « Midnight »

Nos projets à court et moyen termes sont surtout de le jouer le plus possible et de lui faire rencontrer un maximum de publics.

Si vous ne pouviez plus écouter qu’un seul morceau pour le restant de votre vie, lequel serait-il ?

Mais c’est très dur ça !!!

Très certainement : « At Home » d’Avishaï Cohen… une perle, une vraie.

Retrouvez Rosaway sur : Facebook, Instagram et Youtube.

Par Jess. D