Tiste Cool

Crédits photo : Hugues Coudurier & Arnaud Deroudilhe

Tiste Cool est le parfait mélange entre légèreté et mélancolie. « L’étude du Cool », son dernier EP, traite de ses déceptions amoureuses avec le second degré et la nonchalance qui lui est propre. On vous laisse découvrir ses déboires sentimentaux teintés de cette ambiance de bord de mer propre à son univers.

Hello, qui es-tu Tiste Cool ?

Alors qui suis-je ? Comment je pourrais dire ça. Je peux vous donner le numéro de ma psy ? Je crois qu’elle sera plus en mesure de répondre que moi. Qui suis-je ? Un jeune homme de 36 ans, artiste. Ce qui est délicat avec ce projet, c’est qui suis-je ? Tiste Cool, c’est clairement un personnage que j’ai créé. D’où le pseudonyme et toute l’imagerie qui va avec. Seulement la complexité pour moi aujourd’hui sur ce disque, c’est que c’est un personnage, certes, mais qui parle profondément de ce que vit Baptiste Homo. Donc qui suis-je ? Un mélange des deux quand même. Parce que la réalité et la vérité de ma vie flirtent avec mon personnage. Je dirais que je suis quelqu’un de très sensible qui a besoin d’extérioriser : les joies comme les tristesses, pour passer à autre chose et éviter de dépenser trop de fric chez ma psy effectivement.

Le 29 mars dernier est sorti ton nouvel EP « L’étude du Cool », qu’a-t-il de différent avec ton précédent EP « Caïpiranha » ?

Sur le premier EP, j’ai reçu quelques remarques quant à son côté « voyeuriste » qui a pu gêner certaines personnes. Sur cet EP, je pense que j’étale encore plus ma vie personnelle et donc souvent sentimentale, je me suis encore plus dévoilé. Ce n’est pas du tout par provocation mais c’est parce que ça m’a plu et que c’est un vrai moteur d’écriture pour moi. Musicalement, pour le premier EP, j’avais quasiment tout pré-enregistré sur des cassettes audio. Et on ne va pas se mentir, le processus d’enregistrement sur cassette est un peu long et chiant. En fait, c’est super kiffant dans le son. Mais, la re-numérisation des bandes ne se fait pas au tempo, ça fluctue car c’est de l’analogique. Il faut donc que je recale tout et c’est un enfer. Sur cet EP, j’ai clairement fait ça « à l’ancienne » avec une carte son et un ordinateur et puis tant pis pour le grain. J’ai pu le retrouver un peu ailleurs sur des petits détails, des petites choses. 

L’autre différence, c’est que les chansons ne parlent pas de la même personne. Ce n’est pas suite à une rupture sentimentale précise, c’est plutôt un amalgame de plusieurs petites ruptures sentimentales. Et des petites ruptures de soi-même aussi.

Dans cet EP tu traites des tourments amoureux. Comment réussis-tu à mêler gravité, mélancolie, second degré et désinvolture ?

J’ai une attirance profonde pour le second, voire le dixième degré. Le cynisme j’aime beaucoup, vraiment j’adore. Je suis de l’école de Pierre Desproges, Jacques Tati. On peut retrouver cet humour dans les films de Woody Allen, par exemple, ou même de Sofia Coppola, dont je suis un grand fan. Je pense notamment à une scène dans Lost in Translation où Bill Murray, qui est très grand, essaie de prendre une douche alors que le pommeau est calibré pour les japonais et ne peut pas se remonter. 

Dans mes chansons, j’adore traiter de sujets graves. Enfin, quand je dis « grave », je ne parle pas de la guerre mais de ma petite gravité à moi. Et, j’essaie de le faire avec beaucoup d’autodérision. L’idée n’est pas, non plus, de m’auto foutre de ma gueule dans mon disque mais de dédramatiser, ce qui m’aide un peu comme une auto thérapie. Ça m’aide à désamorcer plein de petites choses, à me rendre compte que les choses sont comme elles sont. Je les vis et je les digère. 

En revanche, je n’écris pas dans l’urgence et dans la mélancolie. J’écris après avoir passé le cap, quand c’est un peu digéré, quand je peux en reparler. Souvent, entre l’histoire que je raconte et la sortie de mon disque, il y a bien 2 ans qui se sont écoulés.

Comment composes et écris-tu tes chansons ? As-tu des petites habitudes ?

En fait, ça me vient souvent dans des moments où je ne peux pas me poser pour écrire ou composer. Par exemple, en pleine nuit, je vais me réveiller avec une mélodie en tête. Comme j’aime bien dormir correctement, je prends le dictaphone de mon iPhone, je chante la mélodie et je me rendors. Pour ne pas l’oublier. Parce que sinon tu l’oublies et le lendemain tu te réveilles et tu te dis « non mais attends c’était quoi déjà ? ». Mon iPhone est plein de mémos vocaux qui ne ressemblent à rien. Et ensuite pour l’écriture, c’est pareil. Souvent, j’écris en voyages ou pendant des moments de transition : dans le train, le métro, l’avion. J’ouvre l’application “notes” sur mon iPhone, et j’écris j’écris j’écris. J’ai un journal, enfin une espèce de carnet virtuel où j’écris des phrases qui me viennent. Et à un moment donné, je ne sais pas comment ça se fait, mais j’ai un rendez-vous avec moi-même. Je coupe mon téléphone, et je me dis « OK c’est le moment ». Ça n’est pas prévu à l’avance, ça n’est pas noté dans mon planning. Ces moments arrivent souvent quand je suis off, en fin de journée, après avoir fait mes petites courses, passé deux trois coups de fil. Je me pose au piano et je reprends les mélodies et les textes. Là en général, ça va très vite. Hormis ces espèces de bribes d’instinct qui me viennent, le temps moyen pour écrire une chanson c’est deux heures. Mais, j’ai eu besoin de tout ce processus. Mais, parfois entre la mélodie, les bribes de textes et la création de la chanson, il peut aussi se passer un an.

Qu’est-ce que tes différentes expériences, comme avec ton groupe OMOH, apportent à ton projet Tiste Cool ?

L’expérience avec OMOH m’a donné envie d’écrire en français. Cette envie s’est matérialisée avec l’écriture du titre Amour 3000. À côté de ça, je produis des albums pour d’autres artistes. Ce que je fais pour Tiste Cool me permet de faire des « espèces de tests » que je vais pouvoir après proposer aux artistes. Tiste Cool, c’est comme une espèce de recherche perso, c’est mon labo et après j’en fais profiter les autres artistes ou pas, ça dépend. J’ai une artiste avec qui je vais collaborer bientôt qui m’a clairement dit « tu vois ta chanson Ian Curtis, la basse, je veux ça ». Mes autres projets me nourrissent mais Tiste Cool nourrit aussi beaucoup les autres projets.

On retrouve sur cet EP et dans tes clips de nombreuses références à ton sud natal. Est-il une source d’inspiration pour toi ?

Absolument, je suis retombé amoureux de ma ville natale qui est Nîmes, parce que je n’y habite plus. ll y a eu aussi un retour aux sources parce qu’il y a eu une histoire sentimentale qui m’a beaucoup inspiré pour ce disque qui s’est passée là-bas. Je suis vraiment attaché à cette ville, alors que je l’ai un peu rejetée il y a 10 ans au moment où je suis monté à Paris. A l’époque, je me disais que je n’avais pas d’avenir dans le Sud. Aujourd’hui, je me rends compte que ce n’est plus du tout le cas. Peut-être parce que je suis un peu plus installé à Paris et que c’est plus facile pour moi de revenir vers Nîmes. Il y a un côté un peu désuet à Nîmes que j’aime : les gens parlent avec l’accent très fort, la brandade, le sud quoi… J’aime retrouver tous ces trucs qui semblent ne pas être sexy sur le papier. Je trouve que c’est bien de mettre en lumière cette espèce de singularité et de la « pop-iser ». Nîmes, c’est aussi la tauromachie, le flamenco. Au final, il y a assez peu d’artistes pop qui ont parlé de cette ville, sans parler des traditions. 

La Grande Motte est aussi une ville que j’adore. C’est très cliché et complètement kitsch. La génération de mes parents la déteste parce qu’ils ont vu ce littoral se construire et qu’un bout de la Camargue a été amputé. J’y allais pour passer mes vacances avec mes grands-parents. Aujourd’hui, des années après, j’ai un regard hyper attendri sur cette ville : le bord de mer, il y a encore ces vieux bâtiments, ces vieilles stations balnéaires pas très bien entretenues que je trouve finalement hyper charmantes. 

Tous les gros rappeurs vont tourner leurs clips à Miami, et puis Tiste Cool, il va à La Grande Motte, quoi. Il y a un rapport au personnage un peu ridiculo-rigolo que je trouve marrant.

Quelles sont tes autres sources d’inspirations ?

Mes sources d’inspirations, autres que les femmes ? Mes amis, avec tous leurs défauts, leurs qualités, leur naturel sont une énorme source d’inspiration pour moi. Les femmes évidemment, enfin les histoires sentimentales que j’ai eu avec ces femmes. C’est un peu bizarre de dire ça et ça peut paraître un peu prétentieux mais ça ne l’est pas. En m’inspirant de cela, c’est une analyse de moi-même que je pratique. Parce qu’avec la crise de la trentaine, tu te poses ces questions : qui suis-je ? où vais-je ? etc … 

Ça fait 5 ans que je me redécouvre, que je casse les certitudes que j’avais quand j’étais enfant et adolescent. Tu te découvres différemment, tu opères des changements comme ton mode d’alimentation, ton rapport à l’alcool, ton rapport aux autres et à toi-même. A 35 ans, tu en arrives à te dire « putain je commence à m’aimer un peu » et c’est cool. Et effectivement, je deviens ma propre source d’inspiration quelque part. Conserver ce fil en rapport avec l’auto thérapie a été vraiment important pour moi. 

La littérature m’influence aussi. J’aime notamment Françoise Sagan. Sa vie et son œuvre m’influencent beaucoup.

Tu participes à de nombreux projets en tant que Baptiste Homo. Cette vie à cent à l’heure est-elle un moteur à ta créativité ?

Alors oui, j’ai cru longtemps que ça l’était. Là, tu es dans le mille, en ce moment c’est ma plus grande question. Pourquoi je m’occupe autant ? Qu’est-ce que je cherche à fuir ? D’ailleurs si vous avez la réponse, je suis preneur. Je ne comprends pas pourquoi je mène cette vie à trois mille à l’heure : OMOH, Tiste Cool, Reptiles, la réalisation d’albums pour d’autres artistes, tout l’accompagnement que je fais avec Marie-Flore, la tournée avec Julien Doré. Effectivement, ça fait beaucoup de choses. J’aimerais bien me calmer un peu, retrouver un sens à ma vie sans forcément passer par l’artistique, pouvoir passer une journée entière sans faire quelque chose qui a un lien avec la musique, ce dont je suis incapable aujourd’hui. J’ai l’impression qu’il n’y a que ça.

Le clip Paillettes est sorti le 24 mars. On y retrouve une ambiance de vacances dans le Sud, des couleurs et évidemment des paillettes. Est-ce important pour toi que les images qui retranscrivent tes chansons prennent le contre-pied des sujets traités dans ces dernières ?

Oui, surtout sur cette chanson. C’est toujours pareil : tourner en dérision des choses qui ont été compliquées, dédramatiser et être dans le second degré. Je dirais que ça me permet de sortir les choses de leur contexte initial et de raconter aux gens une histoire un peu compliquée mais de la montrer différemment.

Je me suis rendu compte de cet aspect avec le clip de Chantal Vacances, qui est une chanson issue de Caïpiranha. Cette chanson est extrêmement triste mais c’est la chanson préférée des gamins de mes potes. Même s’ils ne comprennent pas vraiment les paroles, le clip et la musique sont rigolotes. En faisant ce clip, j’ai compris que pour faire passer ton message, même s’il est un peu triste, c’est bien d’avoir une petite imagerie rigolote parce que ça détend tout le monde.

Peux-tu nous proposer deux titres que tu écoutes et que tu conseilles à nos lecteurs ?

En ce moment, je ne me lasse pas d’écouter Fontaines D.C. que j’adore, et notamment la chanson I Love You qui sera sur le prochain album. Je trouve qu’ils utilisent des codes que tout le monde connaît. Et mon album de tous les temps, on va dire le Velvet Underground avec la banane sur la pochette, un grand classique. Je ne m’en lasse pas. Je me fais toujours bercer par la voix de Lou Reed, avec des chansons comme All Tomorrow’s Parties. En plus, il y a vraiment un son hyper bright, enregistré un peu à l’arrache. Je trouve qu’il y a une urgence de vivre dans cet album qui me porte.

Retrouver Tiste Cool par ici : Facebook, Instagram et Youtube

Par Amélie. G

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