Gael Faure

Crédit photo : Thomas Laisne

Le 23 mars dernier est sorti la session live du dernier EP de Gael Faure, « L’eau et la peau ». À cette occasion nous avons rencontré Gael. On vous laisse découvrir l’univers simple et sans fioritures de cet artiste authentique.

Ton EP « L’eau et la peau » est sorti en septembre 2021, qu’a-t-il de différent avec ton dernier album « Regain » ?

À ton avis ? Je te retourne la question, qu’est-ce qu’il a de différent ? Parce que je ne m’en rends pas compte. Il a évolué comme ma vie. On vit des choses, on a envie de parler d’autres choses. Je crois que je voulais faire un disque qui soit encore plus proche de moi en abordant des thématiques qui sont de l’ordre de l’humanité, de l’existentiel mais de manière très simple et agréable. J’en ai eu besoin pour moi.

J’ai voulu faire ces chansons pour me retrouver. Je n’ai jamais suivi les tendances mais je voulais davantage l’assumer. Ce que je faisais avant me ressemblait déjà mais je voulais arriver à une ligne avec encore moins de fioritures. J’avais envie de faire des chansons douces mais, en même temps, avec toujours quelque chose qui soit un peu d’organique, synthétique, transcendant et dansant.

« L’eau et la peau », y a-t-il une histoire derrière ce titre ?

Il y a toujours une histoire. Quand j’habitais dans la Drôme, j’allais souvent me baigner dans une rivière. J’ai toujours été fasciné par l’eau, par cette idée de se laver des choses, mais pas forcément par un renouveau ou un nouveau départ. On vit des choses qui nous bouleversent et qui sont parfois difficiles.

L’eau, c’est quelque chose d’assez sensuelle, sensationnelle et beau. Aussi, graphiquement, l’eau et la peau s’écrivent pareil (E, A, U) et sont deux mots courts. Je ne voulais pas quelque chose de trop grandiloquent.

Tu fais de la musique depuis plus de 15 ans. Que t’a apporté ton expérience dans ce projet ?

Tu as des désillusions, tu te casses la gueule, tu te relèves. En 15 ans, j’ai fait pas mal de choses, mais je ne suis pas la personne la plus proactive. Je suis fatigué de ce monde qui va trop vite, je ne fonctionne pas comme ça. J’ai besoin de temps pour écrire des chansons qui ont un sens pour moi. Et pour ça, il faut vivre des choses. Ou en tout cas, prendre son temps pour avoir une réflexion. Je me suis souvent demandé : « Qu’est-ce que tu racontes ? C’est quoi ta valeur ajoutée ? Tu apportes quoi dans le milieu musical français ? » Mais, je crois que je me suis trop posé cette question. Je sais que j’ai ma place, il n’y a pas de soucis.

Je ne fais pas des chansons en me disant qu’elles doivent plaire à telle ou telle personne. Pour cet EP, je voulais y aller tranquillement et arrêter d’avoir peur. L’expérience m’a apporté la tranquillité et le recul. Je fais de la musique aussi pour me faire plaisir et me soigner. C’est une thérapie. Je crois que ma musique fait du bien aux gens, ça les aide peut-être à prendre certaines décisions à des moments de leur vie. Et, c’est quand même déjà génial. On est unique mais on ressent tous des émotions qui se regroupent ce qui peut, peut-être, toucher un peu les gens.

D’ailleurs, pour cet EP tu as été auteur, compositeur, coréalisateur et coproducteur. Comment as-tu abordé ces différents rôles ?

J’avais envie de prendre un peu plus mon temps, d’oser ne plus avoir peur de mes mots, d’assumer. Comme je suis un peu perfectionniste, je ne voulais pas faire n’importe quoi. Je voulais vraiment que ça me plaise. Ça ne veut pas dire que c’est bien écrit, mais ce sont mes mots. Je suis auteur-compositeur, j’ai donc toujours composé. Si j’écrivais aussi vite que je compose, je ferais un album tous les 6 mois.

C’était important que je me rende compte du rôle de coproducteur. J’avais envie d’être un peu plus dans un circuit court, d’être moins en mode « supermarché ». J’ai co-réalisé l’EP avec Emiliano Turi qui est un ami et mon batteur. J’ai toujours fait de la musique avec lui. J’étais très content qu’on travaille ensemble car on se connaît bien. On a vraiment pris notre temps. Travailler avec de grands réalisateurs peut faire peur parce que tu n’oses pas dire exactement ce que tu voudrais. Avec Emiliano, on s’est fait confiance, sans pression. C’était super.

J’aime bien toutes ces facettes, elles sont importantes quand tu veux un peu maîtriser ton truc. Mais on ne peut pas tout faire tout seul, il faut bien s’entourer. Et pour moi, ça commence à être le cas.

La chanson « The Healer » se détache par son ambiance très américaine. Où as-tu puisé ton inspiration pour cette dernière ?

Cette chanson raconte l’histoire d’un gamin malade qui voit, dans ses rêves, un guérisseur qui l’aide, qui l’autorise à se soigner. Les cris soulignent la souffrance, la difficulté, le passage vers le fait d’être soigné. C’était important de la faire sonner très lourdement, qu’elle résonne fort, que ça fasse presque chamane. The Healer signifie le guérisseur en anglais. C’est une chanson libératrice. Je voulais vraiment un truc qui hurle, un cri de l’âme. Je suis très content de ce titre, je l’adore.

Quand j’ai commencé à composer « The Healer », j’étais dans les Cévennes avec ma guitare et j’avais cette petite ligne en tête. J’aime beaucoup la musique de José Gonzalez que j’écoute depuis très longtemps. C’est une musique en boucle et transcendantale, un peu perpétuelle avec des ajouts de nappes, de choses qui viennent grossir, comme une machine. Au début, c’est un petit filet d’eau qui, à force, se transforme un peu.

Je suis aussi parti avec Seb Martel, un ami guitariste, dans un conservatoire, pendant 3/4 jours. On avait un vibraphone qui est le point de départ de cette chanson. J’ai commencé à chanter et la chanson s’est créée un peu comme ça. En studio, je l’ai laissée venir et elle s’est habillée toute seule, d’elle-même.

Le 14 janvier, tu as dévoilé le clip de « La mémoire de l’eau ». Peux-tu nous parler de la mise en image de cette belle chanson ?

J’avais vu un documentaire, il y a 3/4 ans, qui s’appelle « La mémoire de l’eau » qui expliquait que l’eau aurait une mémoire et se souviendrait de ce qui la traverse pendant une nano seconde. Je trouve que c’est assez fascinant, beau et dingue. J’ai appelé Barbara Carlotti en lui disant que j’avais envie de faire une chanson sur cette mémoire de l’eau, sur ce qui nous traverse, sur ce qu’on inflige à l’eau. Et, elle a écrit cette chanson. Pour la réalisation, j’ai fait appel à Patrick Watson. Travailler avec Patrick était un peu un de mes rêves que j’avais depuis longtemps.

Pour le clip, on voulait retracer l’histoire d’une goutte d’eau mais on s’est dit que ça allait être l’enfer. David Freymond, le réalisateur du clip, m’a proposé l’idée de la natation synchronisée où l’eau serait le personnage principal.

Les 3 clips de cet EP sont très inspirants. Cela te tient-il à cœur que les émotions passent autant par la musique que par les images ?

C’est une bonne question. Aujourd’hui, on se rend compte que l’image est presque quasi plus importante que le son. On regarde la musique. J’aime le travail de l’image et j’adore le côté filmique, un peu cinématographique, qu’on peut avoir dans les clips. J’aime vraiment quand c’est un instant un peu particulier, un peu unique. Les clips sont intéressants et importants. Il faut avoir un peu de second degré (ou pas), mais ils permettent de montrer une autre image de la chanson.

J’ai réalisé le clip de « Renoncer ». C’est une chanson d’amour que j’ai écrite pour ma copine. Je ne voulais pas faire un clip dans lequel tu prends la main d’une fille, c’est un peu attendu. J’ai eu cette idée de mettre en scène cette vache, Directrice. Mon père était agriculteur et avait 60 vaches laitières. La vache est un animal formidable parce qu’elle a un regard hyper doux et très tranquille. Tu ne sais pas ce qu’elles pensent mais elles sont hyperapaisantes. Je trouvais ça beau de m’apprêter pour cette vache.

Pour « Tu risques quoi », c’est encore une autre histoire. J’ai perdu mon grand-père du covid dans l’Ehpad où on a tourné le clip et j’ai perdu ma grand-mère juste avant. Ma mère a travaillé 45 ans dans cet Ehpad. Je voulais que le clip se déroule en Ardèche, dans mon village natal. Il devait se tourner là-bas. C’était un hommage assez symbolique. J’avais envie de libérer ces personnes qui avaient été privées de visites pendant le confinement.

Le 23 mars, tu as dévoilé une version live de « L’eau et la peau ». Peux-tu nous en parler ?

Pour la première fois, j’ai pu jouer mes chansons en live, avec mes six musiciens et avec tous les instruments qui ont été utilisés pendant l’enregistrement de l’EP. Cette session a été tournée à Paris à l’espace Commines. On a un peu grainé des choses, arrangé les cuivres de manière différente. Avec Emiliano, nous nous sommes occupés de la direction artistique de ce live. Je ne voulais pas sortir juste qu’une session live où les titres s’enchaînent. Je voulais qu’il y ait un peu des moments de vie. On est donc allés dans une maison de campagne, que je connais bien, pour avoir ces petits moments sans paroles mais qui permettent de jongler un peu et qui amènent les titres différemment.

Les images sont belles, c’est bien fait. Je suis content. Je crois que c’est bien.

Quelles sont tes principales sources d’inspirations ?

La nature, les gens, les rencontres, les expériences de vie, les déplacements, les voyages, les épreuves… La vie m’inspire véritablement. L’inspiration est partout, il faut juste la regarder, se poser et laisser venir l’idée. J’ai voulu que « Renoncer » soit le premier single pour présenter l’EP car cette chanson évoque la préciosité du temps. Si tu ne prends pas le temps, tu es toujours dans l’instant d’après. Tous les beaux instants sont partout.

La lecture m’a beaucoup aidé car beaucoup d’auteurs m’ont fait comprendre que les clés sont en nous. Il faut juste oser vouloir les prendre. Ce n’est pas facile mais c’est le plus beau cadeau que tu peux te faire. Je travaille toujours dans l’émerveillement. Quelqu’un qui n’est plus émerveillé est déjà mort, il est vide, blasé. Si j’avais un message à faire passer, ça serait de se refocaliser sur sa respiration, réapprendre à respirer pour se calmer.

L’eau et la peau, la mémoire de l’eau. Quel est ton rapport avec cet élément très présent dans cet EP ?

Pour moi, l’eau c’est la vie. Elle nous re-oxygène et nous fait vivre. C’est un élément qui apaise, calme, fait du bien, lave, soulage et soigne. Et, c’est aussi un langage musical : les bruits blancs calment tout le monde. L’eau, c’est l’harmonie, la vie, la terre. Et puis, il faut avoir conscience de la préciosité de l’eau, que ce n’est une denrée éternelle. J’aimerais aussi que les gens se rendent compte que la prochaine guerre se fera autour de l’eau, c’est l’or bleu. Il faut en prendre soin.

Et pour finir deux titres que tu écoutes et que tu conseilles à nos lecteurs ?

En ce moment, quand il y a trop de bruit, j’écoute au casque « The Blue Danube » de Johann Strauss II. J’écoute aussi « Irene » de Rodrigo Amarante.

Retrouvez Gael Faure sur : Instagram et Youtube

Par Amélie. G

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