Animal Triste

Crédit photo : Léonard Titus

On ne les présente plus, le 4 février dernier les membres du groupe Animal Triste nous ont livré leur dernier album Night of The Loving Dead. Une ode au rock crépusculaire qui nous emporte au travers d’un monde mystique emplit de créatures sorties du fin fond des bois. À cette occasion nous avons rencontré Cédric et Mathieu respectivement bassiste et batteur du groupe, qui ont bien voulu nous révéler quelques secrets de ce deuxième album.

Hello votre deuxième album est sorti vendredi vous vous sentez comment ?

Cédric : On est heureux, quand tu as une sortie c’est un aboutissement.

Mathieu : Animal heureux.

Cédric : Voilà animal heureux.

Mathieu : Non mais c’est dur de ne pas être contents tu vois. Il est génial on est très très heureux, l’accueil est super. Le disque est beau on est très content de l’objet.

Night of the Loving Dead. La nuit des morts aimants au-delà de la référence au film de Romero y a-t-il une histoire derrière ce titre ?

Mathieu : The Loving Dead … le jeu de mots déjà est cool, il est truculent. On trouvait aussi qu’il y avait un côté rigolo sur la place du rock’n’roll que tu pouvais codifier aux créatures de la nuit. Comme si on était relégués à un peuple de zombies, tous les bourgeois font la fête dans la citadelle et nous, on est dans les bois en train de roder tu vois. Des références au vampirisme aussi, en fait tout ce qui a un rapport avec le rock nocturne qu’on aime. Sur la chanson Afterlife il y a un truc sur le loup-garou, la lycanthropie. Et puis il y a aussi le cinéma de genre effectivement Romero mais on a toujours fait beaucoup de références à John Carpenter. Le studio n’était pas loin d’une forêt, imaginez on était dans un endroit pas possible reclus avec David Fontaine qui est un mec exceptionnel. Il n’y a pas la 4G, il faisait un peu froid on allait chercher l’eau au puits et le soir on se réchauffait à la cheminée. D’ailleurs tout ça est raconté dans Animal Years.

Cédric : C’est vraiment une ambiance, tu es hors du temps.

Mathieu : Non mais je ne sais pas pourquoi on s’était tous mis à parler de vaudou, de magie noire, de trucs comme ça.

Cédric : C’était une thématique qui planait sur tout l’enregistrement, on cherchait des références, on regardait des visuels. Parce que quand tu enregistres tu penses aussi un peu à l’image que tu veux, ou pas. Mais nous, on commençait à y réfléchir, à se demander dans quelles esthétiques on allait partir visuellement.

Mathieu : Je voulais un bouc sur la pochette, tu te souviens ? On cherchait des références à Belzébuth il y avait plein de choses comme ça qui nous traversaient, c’était vraiment un truc de magie noire.

Crédit photo : Léonard Titus

Ce second opus a été enregistré (comme le premier) dans le studio de David Fontaine Piggy in the Mirror, ça, c’est passé comment cette fois-ci ? (En termes d’ambiance pré-apocalyptique ça devait être bien différent.)

Mathieu : Non ça y est l’apocalypse était passée.

Cédric : On allait y revenir. On est arrivés avec plus de matière, forcément c’est un deuxième album ce n’est pas comme le premier. On avait déjà une expérience commune, un passif ensemble. Du coup on est repartis sur de nouvelles bases sur des choses qu’on avait avancées mais pas trop. Pour se laisser justement encore de la latitude pour remettre des choses en cause. On sait très bien que quand tu es six ça foisonne un peu et ça permet des accidents heureux, ça laisse une part d’improvisation. On aime bien arriver avec des trucs pas trop figés, on sait très bien que c’est le bon exercice.

Mathieu : Le premier album, on l’avait enregistré très très vite. Là on avait plus de temps mais par contre on n’a pas voulu avoir trop de temps non plus. Donc on a jonglé entre pleins de choses, c’est ce que disait Cedric on est arrivé avec plus de squelettes de morceaux. On en avait vraiment beaucoup plus. Il y en a dix sur l’album et on en avait quinze au départ. Sur le premier on avait vraiment tout joué, on n’en avait pas plus enfin si mais qu’on n’avait pas eu le temps d’enregistrer. Là on avait vraiment des squelettes mais comme on avait du temps, on s’est laissé le plaisir d’improviser et de voir ce qu’il se passait. Mais avec toujours la même équipe, David Fontaine cet être merveilleux qui tient le studio et Etienne Caylou le non moins être merveilleux qui a mixé l’album.

Est-ce que pour Night of the Loving Dead vous avez été habités par la même urgence que pour votre premier album ?

Cédric : Un deuxième album c’est toujours différent d’un premier, comme je le disais tout à l’heure on a un passif derrière. Un deuxième album tu as toujours l’ombre du premier et il faut aller ailleurs. C’est toujours un exercice qui est compliqué.

Mathieu : Moi je le trouve plus urgent, le deuxième je le trouve plus tendu. Alors il est peut-être plus brut le premier mais si c’est intéressant. J’ai quand même l’impression qu’il y a des morceaux très urgents, avec des choses qui sont arrivées tellement vite.

Cédric : C’est ça. Il y a certains trucs qu’on pensait actés et finalement quelque chose que tu n’avais pas prémédité fini par arriver. Tu retrouves ce caractère spontané qu’il y avait dans le premier même si ça n’était pas voulu au départ. Tu arrives avec plus de matière ça c’est sûr, tu te dis on a une bonne base ça devrait aller. Et au final tu déconstruis les choses pour en reconstruire de nouvelles qui prennent vie et qui te dépassent un peu comme sur le premier. On retrouve bien la spontanéité du premier sur le deuxième même si ça n’est pas aux mêmes endroits.

Mathieu : Et surtout les morceaux du deuxième on ne les avait jamais joués en répète avant d’aller en studio.

Cédric : Oui c’était la grosse différence avec le premier.

Mathieu : On ne savait pas les jouer.

Cédric : Pour moi c’était un exercice tout nouveau parce que je n’ai jamais fonctionné de cette manière dans mes projets d’avant, je suis allé en studio avec beaucoup d’incertitudes. Tu te remets toujours en question. Est-ce que je vais être bon dans l’instant ? Est-ce que je vais être inspiré ? Est-ce que, est-ce que, est-ce que … et au final ça rejoint ce qu’on disait tout à l’heure quand tu es dans une ambiance bienveillante et que tu sais que tout le monde se fait confiance, tout se passe bien en fait. Et là tu retrouves la spontanéité.

Mathieu : Ça tient à beaucoup de choses. On a un chanteur qui s’est vachement dépassé, déjà sur le premier mais sur le deuxième il y a des moments où je me suis dit « waouh ». Sur Machine Love il crie à la fin et en sortant il nous a dit « je crois que je n’ai jamais gueulé comme ça les mecs ». C’est marrant pendant l’enregistrement il y a des moments où il n’enregistrait pas parce qu’on travaillait la musique et lui, il écrivait au coin du feu, il allait faire des balades dans les bois. Il revenait le soir avec quelque chose à boire et il nous disait « je le sens on tente un truc », et il était deux heures du matin. Ça, c’est passé comme ça, on était vraiment très souvent tous ensemble. Et alors ça bossait, mais alors vraiment dans une joie. En tout cas il est peut-être moins immédiat que le premier, mais je crois vraiment qu’il est plus dur et plus riche.

Night of the Loving Dead est traversé par une ambivalence entre ombre et lumière assez planante où vous semblez avoir croisé bon nombre de chamanes et autres fantômes. Où puisez-vous cette énergie qui semble presque mystique ?

Mathieu : C’était en février notre label (M2L), Fred Lomey ce saint homme qui est aussi notre tourneur, m’appelle et me dit « hey les gars c’est à nouveau un confinement vous en faites un deuxième ? ». Je lui ai dit « Fred on vient d’en sortir un il y a deux mois quoi, ça va ». Il me répond « allez les gars, c’est cool ». Donc moi j’appelle les gars et David Fontaine. Il nous dit qu’il a un créneau en avril au studio. On est donc en février.

Cédric : Et là on se dit qu’il nous faut des morceaux.

Mathieu : Alors on avait quelques morceaux qui traînaient notamment Tell Me How Bad I Am, c’est le premier morceau composé par Animal Triste avec Fabien et Yannick. On l’avait composé il y a quatre ans, un truc comme ça. On ne s’en était pas servi. Darko avait des morceaux,  des morceaux qu’on n’avait pas réussi à aboutir, Machine Love en est un par exemple. D’un seul coup tout le monde a ramené des briques et là on s’est dit putain ça fait quinze morceaux.

Ombre et lumière effectivement je vois ce que tu veux dire, on avait envie d’explorer plein de nouveaux territoires.

Darko on a pu reconnaître la « trame » de Blackdoor sur la chanson With Every Bird. Ça te fait quoi de voir renaître cette chanson sous une autre forme ?

Darko : Très bonne question même si tout cela s’est déroulé de façon très spontanée… Quand on a un chanteur comme Yannick et un guitariste comme Peter Hayes sous la main on a instantanément envie de réinterpréter et re enregistrer l’intégralité de tous les répertoires de l’univers… dans un souci d’efficacité et pour aller au plus simple, on a jeté notre dévolu sur ce morceau qui existait effectivement par le passé dans des atours plus coldwave. Yannick y a posé ses mots et Peter ses arrangements. On est tous fans du résultat.

Mathieu : Moi je peux vous en parler, c’était marrant. Il y a Animal Years, Machine Love et With Every Bird qui était Blackdoor. On avait essayé From Above aussi mais ça ne fonctionnait pas. Blackdoor pour le coup c’était une chanson vraiment aboutie, on la pensait plus sud des États-Unis. Et en fait on était là à ralentir un peu le tempo, à la penser un peu plus chaude et Yannick est arrivé avec sa ligne de chant. On s’est dit « bon bah ouais ». C’est peut-être le morceau que je préfère sur le disque. J’adore, j’en suis content.

Vous avez réalisé un rêve de gosse en partageant deux titres avec Peter Hayes de BRMC. Qu’a t’il apporté à ces deux titres ? Que vous à t’il apporté en tant que musiciens ?

Mathieu : Un petit peu. C’est une validation dont tu rêves quand tu fais de la musique, d’un seul coup tu as un des mecs que tu préfères d’un des groupes que tu préfères qui te dit « c’est bien ce que tu fais, je suis content de jouer avec toi ». Et même en tant qu’humain, je le disais ce matin en interview il nous a quand même dit dans son premier message « merci pour la main tendue ».

Cédric : C’est incroyable, c’est le monde à l’envers.

Mathieu : Ouais et puis on continue, ça ne va pas s’arrêter là. On continue à s’écrire, il mixe le prochain City Of Exile. On s’écrit une ou deux fois par semaine. On en parlait tout à l’heure avec Drikx.c c’est fou, mais il y a un soir où on était chez moi il y avait Fabien aussi et on reçoit un mail du manager de Peter Hayes. C’était avant que tout ça se passe. Il nous écrit « pas mal ce que vous faites les gars, je pense que ça peut intéresser Peter. Est-ce que vous pouvez m’en dire plus ? ». Déjà on a fait la fête parce qu’on était très content. Et en fait on s’est dit rien n’est actée, c’était juste le début.

Cédric : Le fait de te dire que tu n’es personne, qu’eux, ils n’ont jamais entendu parler de toi. Ils voient bien que c’est une chaîne microscopique, donc au final ils n’y cherchent pas d’intérêt.

Mathieu : Non on a jamais parlé d’argent.

Cédric : Il a vraiment écouté. Ils ont trouvé qu’artistiquement c’était intéressant donc quand tu parles de validation, le fait que ça arrive à ses oreilles c’est que quelque part par rapport à ce que tu veux faire tu es dans le rail. Ça veut dire que des fois il faut s’autoriser à rêver grand.

Mathieu : Toujours, c’était un peu la leçon du disque vraiment. Encore une fois quand on a fait la liste des gens avec qui on voulait bosser forcément ils étaient très très hauts dans la liste, je pense que vous connaissaient les autres noms. C’est vraiment un de ceux dont on nous a dit « BRMC ils ne font jamais de featuring ».

Le clip de Tell Me How Bad I Am retranscrit parfaitement l’ambiance sauvage, organique et presque spirituel de l’album. Comment vous avez travaillé ce côté visuel ?

Cédric : Un peu dans l’urgence aussi. Pour tout vous dire, on a essayé de laisser les mains libres à quelqu’un qui nous propose quelque chose. Au final on ne l’a pas retenu, ce n’est pas que ce n’était pas bien mais ça ne nous ressemblait pas trop. On n’était pas sûr d’assumer le truc, et c’est le premier signal que tu envoies, faut vraiment éviter de taper à côté.

Mathieu : C’était vraiment bien ce qu’ils avaient fait mais ce n’était pas nous.

Cédric : On s’est retrouvé dos au mur, on s’est dit « bon il faut que le clip sorte et vite ». Donc on a fait avec les forces en présence. On a choisi de rester dans ce qui nous semblait dans la droite lignée de l’album, en tout cas vraiment dans le coté crépusculaire.

Mathieu : Tu sais ce qu’on a fait, on est allé voir les copains.

Cédric : On a bossé avec la même équipe. Léonard Titus qui a réalisé la pochette, le logo auquel on a foutu le feu derrière chez lui. On a shooté ça avec Stéphane qui nous avait filmés au Kalif pour la session live. Et dans les connaissances liées au Kalif il y avait un gars qui est maître verrier, qui nous a fait le logo en verre. On savait qu’on allait faire un clip qui allait jouer avec la lumière, on a donc embarqué ce logo en verre. Tu vois c’est assez improbable d’avoir ce truc très pur dans un décor très naturel. Ça invoquait pas mal d’images assez fortes. On a joué beaucoup là-dessus, on a fait simple. On a essayé de faire quelque chose d’efficace, de ne pas trahir l’esprit du morceau. Et forcément tu as une petite pression, tu sais qu’il y a Peter Hayes qui t’a fait confiance. Alors même s’il y avait peu de moyens et de temps, on avait au moins envie de ne pas le trahir dans l’esprit.

Cet album reflète votre engagement pour le rock hanté par des artistes comme Nick Cave… Plus d’un an après la sortie de votre 1er album vos revendications restent-elles les mêmes ?

Mathieu : Oui bien sûr, mais tu sais quoi ce n’est même pas des revendications. On se dit ça avance comme ça avance, on est dans la contre-allée On est déjà contents d’être entre nous et ceux qui nous aiment nous suivent. Tu vois c’est vraiment ça et on ne lâchera pas.

Et pour finir, deux titres que vous écoutez et que vous conseillez à nos lecteurs ?

Mathieu : Moi c’est The Soul of the Hour de Gallon Drunk, je trouve le morceau super.

Cédric : Le fait que les références de 16 Horsepower soit ressorties je suis allé en écouter. J’avais vraiment écouté en diagonal, et du coup je suis retourné en écouter en me disant je ne connait pas assez.

Mathieu : Oui moi aussi. Les 16 Horsepower c’est vrai, I Seen What I Saw ce morceau il reste pas mal en ce moment j’aime bien ce morceau.

Retrouvez Animal Triste sur : Facebook, Instagram et Youtube

Par Amélie. G

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