Animaux Surround

Crédits photo : Isidore Hibou

C’est au détour d’une rue de Metz que nous avons pu rencontrer Animaux Surround pour discuter de son dernier EP Till Death Dries. On vous laisse découvrir l’univers de cet artiste tout en discrétion, qui préfère la retenue au sur-jeu et de son EP qui allie à la perfection mélancolie et échappées lumineuses.

Est-ce que tu peux te présenter ?

Je travaille sous le nom d’Isidore Hibou, un pseudo évidemment. Au départ, c’est un projet de photos et de beaucoup de choses transverses. Et c’est sous le nom d’Animaux Surround que je fais de la musique. Ça fait quelques années que je fais des trucs, il y a eu plusieurs albums mais ceux-là vraiment version home-made revendiquée, voire carrément brouillons. J’aimais bien ce rendu brut mais je me suis rendu compte que l’esthétique punk pouvait être un prétexte à ne pas aller plus loin. Alors pour cet EP j’ai voulu que ce soit un peu plus carré, plus instrumental aussi parce que les autres étaient plus synth-pop, un peu plus électro.

Et du coup tu es solo sur le projet de A à Z ?

Sur les projets précédents, j’étais effectivement seul. Un de mes morceaux d’un précédent EP a été retenu pour une compilation berlinoise qui s’appelait Not So Cold : A Warm Wave Compilation, qui rassemblait différents groupes de cold-wave. C’est à partir de là que je me suis dit qu’il fallait que je développe un peu plus le truc. C’est pour ça que j’ai voulu que cet EP sonne plus ‘‘pro’’, car il y avait quand même un petit auditoire à mes projets et ça en valait la peine. Pour cette sortie, j’ai tout écrit et composé seul mais je suis passé par un ami mixeur-arrangeur pour avoir un rendu davantage studio. C’est la partie où j’aurais tendance à tout lâcher, enfin à y aller un peu en vrac alors j’ai essayé de contenir ça cette fois.

Qu’est ce qui t’a donné l’envie de lancer le projet Animaux Surround ?

Je fais de la musique depuis longtemps en autodidacte. Je marche beaucoup à l’intuition, à l’instinct car je n’ai pas forcément les bases théoriques. J’aime bien le moment où je trouve un petit bout de mélodie et tout ce cheminement qui se fait jusqu’à la chanson complète, l’idée que 3 notes jouées sur une guitare sèche deviennent quelque chose de beaucoup plus important et abouti. J’aime bien jouer avec ça, commencer par un tout petit truc, bâtir par couches le morceau, le faire évoluer. Au départ il n’y a pas de construction prédéfinie, c’est juste voir comment on peut développer un fragment de mélodie et en faire un petit objet. J’aime bien considérer les chansons comme de petits objets, un peu comme un artisan qui polit doucement son œuvre avec des couches successives jusqu’au verni. La musique, c’est un des rares supports où l’on peut perdre un peu la notion du temps quand on en fait, être ailleurs sans se soucier qu’il soit déjà trop tard et qu’il faille se lever pour aller au boulot le lendemain.

Pourquoi as-tu choisi ce nom, Animaux Surround ?

C’est une bonne question, parce que je ne me souviens même plus très bien, en fait. J’aimais bien le mélange Français/Anglais parce qu’il est aussi arrivé que je fasse des trucs en français. Peut-être qu’à l’avenir j’irai d’ailleurs plus vers le français, même si je trouve compliqué de faire sonner la langue. Après c’était plus l’idée d’une animalité totale, surround, qu’il peut y avoir dans la musique. Mais en même temps il y a quelque chose qui ne sonne pas très violent non plus, il y a un côté un peu rond je trouve, qui fait que l’on s’interroge. J’aimais bien le mélange du bestial et du neutre. C’est l’instinct de la musique, parce que c’est une chose pas très intellectualisée au départ, ça le devient après quand on commence à retravailler les morceaux. Mais l’impulsion originale est quand même assez animale, avec des émotions sur lesquelles on ne met pas forcément de mots.

Est-ce que tu peux nous parler de l’EP Till Death Dries ?

Il y avait des bribes de mélodies qui traînaient depuis quelque temps et je me suis posé pour en faire quelque chose, les prolonger et les terminer. C’était surtout en toute fin de journée, et on y retrouve cette ambiance du soir voire de la nuit que j’aime bien. Pour travailler j’aime être dans ces dispositions-là, c’est plutôt un disque de la nuit je crois. Pour les textes c’est assez instinctif aussi, c’est généralement la musique avant les textes. Après j’ai la mélodie du chant, les mots me viennent un peu comme ça et je peux commencer à jouer avec. Sur la musique en elle-même, j’aime les ambiances plutôt sombres donc c’est relativement mélancolique, c’est vrai, mais je trouve qu’il y a malgré tout des échappées de lumière. C’est un peu l’écueil que je voulais éviter : qu’il soit l’album de l’automne, je ne voulais pas aller vers ça, donc il y a des moments d’éclaircies. Comme dans la chanson Disorder par exemple, à un moment il y a une grosse batterie un peu électro qui arrive et on se demande ce qu’il se passe là, comme si un voisin tapait sur le mur.

Disorder, la chanson a un rapport avec Joy Division ?

Au départ non, mais j’adore Joy Division donc peut-être inconsciemment. En fait, c’est juste parce que sur la toute première partie, sur le squelette de la chanson, la guitare et le chant me sont venus comme ça. J’avais en tête le chant « I’m a soldier of disorder » ; c’était pendant toute cette période de confinement et d’isolement. On se demandait où sortir et trouver le désordre, alors qu’on était en plein dedans ; c’était un jeu avec ça, mais de façon très très cryptique.

Quelles sont tes influences musicales ?

Il y en a beaucoup. Joy Division évidemment, Nick Cave. Einstürzende Neubaten. Des groupes comme Coil aussi. Après des choses un peu plus classiques comme The Doors. J’aime beaucoup comme Jim Morrison place sa voix, plus encore que sa tessiture,. Il y a aussi Poni Hoax, avec Nicolas Ker que j’aime beaucoup, ce genre de personnages à la Daniel Darc. Sombres et hyperlumineux en même temps. Ces personnages de l’entre-deux, un peu paumés, cassés, mais capables de sublime.

Quelles émotions ou messages cherches-tu à faire passer à travers tes chansons ?

De message, aucun, parce que je n’ai pas la prétention d’avoir à en délivrer. Sur les émotions, je dirais la pureté. J’ai envie qu’on sente que ce n’est pas joué. Je n’aime pas quand on en fait trop. Je préfère la demi-teinte en général. C’est ce que je voulais dire tout à l’heure d’ailleurs sur la composition en elle-même, j’aime bien quand c’est un peu calfeutré, quand il y a une tension. J’aime bien quand il y a ce truc-là de resserré, qu’il y a une espèce de violence qui n’éclate pas, une tristesse qui n’éclate pas non plus. J’aime cette tension.

Quel est ton processus de création ?

Pour les textes je note beaucoup de choses à droite à gauche, des bouts de phrases qui peuvent parfois se retrouver dans certaines chansons. Sinon, sur la musique en elle-même c’est assez simple, ça part toujours de quasiment rien comme je le disais tout à l’heure. Par exemple sur Disorder, c’était juste un soir assez tard, quelques notes de guitare que j’enregistre à la volée sur mon téléphone portable en me disant que ce n’est pas mal et qu’on peut en faire un truc. Ça se fait plutôt comme ça. Tout est ensuite retravaillé en home studio, avec un dispositif très réduit mais qui permet de faire pas mal de choses.

Quels sont tes projets pour la suite ?

J’aimerais bien que l’EP devienne un objet ; pour l’instant il est disponible en streaming sur Bandcamp, etc. C’est vrai que je n’ai pas eu trop le temps de chercher de label et j’aime bien le côté complètement indé du projet, même le clip par exemple c’est moi qui l’ai fait. Je l’ai filmé au téléphone portable, vraiment le truc spontané, et finalement je crois que ça marche. Et oui donc en faire un objet, soit un cd, soit un vinyle, ça serait vraiment l’idéal. Pour la suite, des concerts sans doute, il y en a un qui devrait se faire en mars prochain mais je réfléchis au format. Essayer d’être à deux, trois ou quatre pour avoir une version live différente de l’EP, qui amène quelque chose de plus.

Quelle est ta collaboration rêvée ?

Peut-être Nicolas Ker, mais de là où il est aujourd’hui pour faire danser le marbre. Une espèce de concert fantôme.

Quelle est l’histoire de la pochette de ton EP ?

La pochette vient d’un projet artistique que j’ai exposé à Berlin, dans une galerie où j’ai d’ailleurs joué l’EP. C’est une série de photos et un objet dont le titre est Till Death Dries. C’est un verre rempli d’un poison et que j’ai photographié sur un mois en train de sécher. C’était assez curieux et intéressant parce que le breuvage au départ est blanc, et en séchant ça a laissé une dentelle noire un peu funèbre, très dense.

Pourrais-tu proposer deux titres que tu écoutes à nos lecteurs ?

Dernièrement, j’ai écouté en boucle Big Appetite du dernier album des Liars. Pour le second titre, The Other Side of Life de Japan. Un titre légèrement suranné mais dont j’adore l’orchestration.

Retrouvez Animaux Surround sur : Facebook, Instagram et Youtube.

Par Amélie. G

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