City Of Exiles

L’Artwork par Arman Méliès

City Of Exiles nous avait déjà annoncé la couleur avec la publication de leur premier extrait Someone en juillet 2020. La sortie de leur premier album éponyme le 15 janvier 2021 n’a fait que confirmer notre avis les concernant. Un disque authentique né d’une vraie histoire d’amitié qui fait voyager le cœur et l’esprit en cette période un peu morose. Récit d’un entretien avec Mathieu Pigné batteur de City of Exiles.

Quelle est l’histoire de la création de City of Exiles

Tout ça part de Guillaume (Guillaume Lebouis). Guillaume était le manager de Radiosofa c’est comme ça qu’on l’a connu. À l’époque il travaillait dans une salle au Havre, il faisait tout pour nous (manager, régisseur, tourneur …). C’est ce genre de personne avec qui tu peux avoir des discussions jusqu’à 7h du matin pour savoir qui de Jimi Hendrix ou de Jim Morisson est le plus talentueux etc. C’est un fou de musique, aller chez lui c’est comme visiter le musée du vinyle, c’est incroyable. On est toujours restés extrêmement proches. Il n’avait jamais fait de musique mais a un amour total et complètement génial pour les musiciens et tout ce qui entoure la musique. Et il s’est toujours dit qu’un jour il se ferait un cadeau. Pour lui ce cadeau c’était de se dire un jour j’enregistrerai un disque dans le studio dont je rêve, avec les musiciens dont je rêve et avec mes chansons. Un jour il nous a dit les gars j’ai des petites chansons, et nous les a fait écouter en guitare-voix. On est donc arrivés en studio avec Fabien Senay (Radiosofa, Animal Triste), Mathieu Forest (Radiosofa, Aloha Orchestra), Pauline Denize (DENIZE), Jean-Baptiste Mabille (Aloha Orchestra), avec aux manettes David Fontaine et tout ça mixé par Antoine Gaillet. Ce groupe c’est un laboratoire, l’un de nous sentait un peu mieux un morceau alors il en prenait les commandes et un autre travaillait plus sur une autre chanson par exemple. Ça s’est passé en plusieurs sessions, c’était comme une sorte de doux rêve où tout est facile. Guillaume nous faisait une confiance aveugle, il avait ses chansons à la base et on faisait tous avancer le projet ensemble. En vrai c’est une belle histoire, et je trouve que nous on va bien avec cette histoire. C’étaient aussi des moments qui n’étaient pas toujours faciles dans nos vies personnelles parce que Radiosofa c’était fini, parce qu’on était tous dans des groupes qui marchaient plus ou moins ou dans des projets de variétés qui n’étaient pas faciles à tenir, des choses comme ça. Ça nous a fait beaucoup de bien de retourner à quelque chose d’hyper essentiel et simple, on ne pensait qu’à la musique. On savait très bien que c’est le genre de projet que tu ne comptes pas vendre, il ne faut surtout pas faire de la musique pour ça. Ce disque c’est le disque que tu as envie et que tu aimerais écouter, c’est ça que Guillaume a voulu faire.

Pourquoi City of Exiles ?

C’est Guillaume qui a trouvé le nom parce que c’est lui l’âme du groupe, c’est lui qui nous a fédéré et réuni tous ensemble. C’est le titre d’un livre qu’il a lu City of Exiles de Stuart Braun, qui parle de tous ces artistes qui ont eu leur période Berlin. C’était un peu l’exil des rockeurs comme Nick Cave ou David Bowie, la ville bruissait de pleins d’activités artistiques et de créateurs. Je sais qu’il avait fait un voyage à Berlin où il avait trouvé ce livre, et je crois que c’est ça qui l’a intéressé.

De gauche à droite : Fabien Senay (guitares), David Fontaine (sons), Mathieu Pigné (batterie), Pauline Denize (violons et chant) et Guillaume Lebouis (chant)

Vous êtes sept était-ce une volonté ?

City of Exiles est une hydre à géométrie variable, c’est à dire que réellement la base du groupe c’est Guillaume évidemment, Fabien, Matthieu, Pauline, moi et bien sûr David Fontaine qui enregistre. Mais c’est surtout un collectif d’artistes qui bosse sur le projet autour de Guillaume, c’est un peu ça l’idée.  Guillaume a cette force et c’est aussi son côté grand fan de musique mais c’est un homme qui sent très bien les choses, et je me le dis avec le recul que ce n’est pas un hasard s’il nous a réunis tous ensemble en studio. Et je crois qu’il a senti qu’on en avait besoin même si nous ne le savions pas.  

Quelles sont les influences majeures pour City of Exiles ? Sont-elles différentes selon les membres ?

Il y a des choses très communes mais elle est bien cette question parce qu’en fait c’est très différent, autant sur Animal Triste on a un terreau très commun, là il y a des choses qui nous rejoignent. Guillaume c’est un puit de science et de culture musicale qui brasse de tout, il est très blues par exemple mais le vieux blues, le blues du delta. On se rejoint sur ce côté blues que Fabien a beaucoup, que moi j’ai, que Guillaume a forcément mais que Matthieu Forest lui n’a pas du tout. On a trouvé des influences communes pour aller au bout du projet mais ça c’est quelque chose qu’on dépasse très vite parce qu’une chanson tu te dis je vais la penser comme The National, comme Soundgarden ou comme The Doors, je vais la penser de telle ou telle manière. Et puis très vite la chanson c’est ton enfant, il te dépasse, il va où il veut. Mais je me souviens quand on a enregistré cet album on pensait beaucoup à The National c’est un groupe pour lequel on était tous réunis dessus, Nick Cave aussi.  

Quel est le processus de création de City of Exiles (de l’écriture à l’enregistrement) ? Qui écrit les chansons ? Vous composez en groupe ?

Guillaume écrit toutes les chansons, il écrit vraiment toute la trame mélodique. Il arrive avec une idée et les ponts c’est souvent ensemble que ça arrive. Les arrangements et bien on les dessine un peu tous ensemble. Ce qui est chouette mais comme énormément d’artistes c’est les limites de ses compétences et il en a beaucoup, il arrive avec sa chanson et il nous la donne. C’est un peu comme s’il nous avait fait le croquis de sa maison idéale en disant c’est moi qui vais habiter dedans, c’est moi qui vais chanter la chanson, mais alors éclatez-vous sur les couleurs parce qu’il sait qu’on ne va pas lui mettre du jaune moutarde avec du bleu pastel il sait qu’on va lui faire ça plutôt cool, on va y mettre du noir.  Ce qu’on a bien aimé pour cet album et même pour le prochain, c’était arriver avec un squelette de morceau. Se dire ce morceau en guitare-voix il est chouette mais quand on arrive en studio on ne sait pas d’avance ce qu’on va en faire et ça c’est super agréable parce que ça nous laisse une liberté totale. C’est à dire qu’on entend le morceau on cherche à comprendre où Guillaume place bien sa voix et une fois qu’on a le truc, j’essaie de me l’imaginer dans ma tête. C’est comme si je me faisais un croquis, je vais tout seul derrière ma batterie on m’enregistre et j’imagine un refrain et après on construit autour. Il y a une grosse part d’improvisation j’adore cette liberté-là, si le morceau doit faire 10 minutes il fera 10 minutes.

C’est ce qu’on se disait avec Guillaume il faut faire le disque que tu aurais envie d’écouter, le rock est si peu éclairé aujourd’hui que ça nous laisse une liberté totale encore plus de se dire on a raison de faire ce qu’on veut. On est libre.

Someone, premier extrait de City Of Exiles

Votre album est sorti le 15 janvier, peux-tu nous en parler ?

Qu’est-ce-que je peux vous raconter. Les morceaux se sont tellement faits facilement et naturellement en fait on prenait un guide à chaque fois, on se disait tient sur ce morceau on va penser à Other Lives. Guillaume a aussi pensé à la chanson One Silver Dollar de Marilyn Monroe, c’est très difficile de se frotter à quelque chose comme ça et Pauline la chante merveilleusement bien. On avait envie que ce disque fasse voyager qu’il ne soit finalement pas cohérent, que tous les morceaux soient disparates. On voulait qu’il se passe quelque chose en tout cas qu’on plonge dans notre univers. Ça fait longtemps que je travaille avec Fabien et Guillaume et je suis toujours fasciné par cette fierté de potes. C’est à dire que ton ami il arrive tu lui dis fait ce que tu veux et d’un seul coup il te surprend encore. Ça procure une émotion très puissante de te dire que ton pote il est capable de ça. C’est très agréable et on a réussi à avoir ça avec ce projet. On a voulu surprendre tout en se faisant confiance. C’est cette liberté de quadragénaire qui n’en ont plus rien à faire qu’on leur impose des choses.    D’ailleurs il est important que je parle de David Fontaine, je me dis souvent que je n’en parle pas assez de ce garçon. C’est un vrai militant du rock c’est à dire qu’il ne fait pas de compromis mais pour autant il n’est pas du tout manichéen ni donneur de leçon. C’est un mec qui aime vraiment la musique et qui veut enregistrer des choses qui lui parle et qui lui plaise. On enregistre chez lui dans sa maison et je ne sais pas comment dire mais on y est bien, très peu de wifi pas de 4G. Tu es au coin du feu, tu fais de la musique et tu restes dormir là-bas. Ce moment je crois qu’il est nécessaire pour le son. Je me rends compte que City Of Exiles et Animal Triste sonnent extrêmement bien, je ne dis pas ça pour nous jeter des fleurs c’est à lui que je jette des fleurs. Il arrive à trouver quelque chose qui fait le son beau et c’est très impressionnant. Ce mec est dingue. Il y a du cœur et de l’âme un peu partout dans ce disque et je pense que c’est ce qui fait la réussite de l’écoute, de se dire que si nous tous on en est fier c’est qu’il est réussi. Ces disques là ce qui est intéressant c’est de se dire qu’ils nous survivront quand on sera plus là et nos kids regarderont les discothèques et se diront il n’a pas fait que des trucs pourris, il a fait des disques bien.

Une voix féminine et une voix masculine était-ce une volonté au départ ?

C’est pareil toujours c’est encore très à l’instinct. Dans les références qu’on avait au moment d’enregistrer ce disque il y avait Mark Lanegan, on l’aime beaucoup tous pour le coup c’est quelqu’un qui nous rejoint tous. Il y avait quelque chose un peu comme Cocteau avec la Belle et la Bête, c’était marrant de jouer avec la voix grave Guillaume et celle de Pauline. Ça nous faisait penser à Mark Lanegan et Isobel Campbell, c’est une très belle référence aussi. Donc c’est comme ça que c’est venu et quand on a Pauline avec un tel talent et une telle voix dans un groupe c’est dommage de s’en priver. Leurs deux voix ensemble c’est vraiment très beau. 

Un petit mot sur ce bel artwork par Arman Méliès ?

Le disque fini il faut lui trouver une pochette, on aurait pu prendre des très jolies photos sur internet. Et pour l’histoire Arman il est là depuis un petit bout de temps, c’est un vrai artiste et sa route est jolie. Et Guillaume il faisait ses premiers pas en tant qu’artiste. Des mecs comme Arman et Guillaume il n’y en a pas beaucoup, c’est à dire que ce sont des défendeurs de la liberté musicale et artistique. Je pense que les amis ça s’admire, et Arman c’est un vrai ami. C’était vraiment logique. Guillaume aimait bien ses dessins et ses tatouages, il lui a demandé s’il avait envie de faire la pochette. Arman a accepté, c’est très simple comme fonctionnement. C’est familial.

Avez-vous de futurs projets pour le groupe ?

Un album qui commence à être pas mal avancé, on doit avoir une petite dizaine de titres qui sont bien avancés. Ça sera quasiment le même fonctionnement, je peux déjà vous dévoiler le casting. Il y aura Pauline, Fabien, Matthieu, Guillaume, Darko (Animal Triste, Darko), moi et sans doute quelques invités. C’était rigolo d’entendre chanter Guillaume derrière un micro pour la première fois en studio pour le premier disque, il ne l’avait jamais fait et on a été surpris par la chaleur et la qualité de sa voix. Et je me suis rendu compte en enregistrant pour ce deuxième disque sans vous dévoiler quoi que ce soit, que sans prendre de cours de chant sa voix avait pris de l’épaisseur elle est encore plus belle. Il nous reste un peu d’arrangement à faire, bien évidemment le mixage mais ça arrivera bien après. En tout cas c’est enregistré par David Fontaine et ça c’est important. Ça commence à bien bosser sur la pochette, je peux déjà vous dire que ça sera Léonard Titus qui a fait celle d’Animal Triste. On est très content de faire ça avec Guillaume, Fabien, Darko, Matthieu et Pauline. Il y a vraiment toujours cette même spontanéité qui est vraiment tout aussi chouette.

Est-ce que la situation sanitaire a changé votre façon de travailler ?

Pas tellement ce qui a juste changé c’est que c’est plus compliqué de trouver des créneaux pour enregistrer, parce qu’il y a la distance géographique et le travail des uns et des autres. City Of Exiles c’est ce genre de projet où on bosse vraiment à coup de 4 jours, on essaie de se faire une session du jeudi soir au lundi matin et on travaille à fond. 

Quelle est ta chanson préférée de l’album ? Pourquoi ?

La première Amor For Broken Heart, il y a un truc quand les violons rentrent qui se passe. Il y a quelque chose de très touchant dans le chant un peu post-rock à la Godspeed You ! Black Emperor que je trouve intéressant dans cette chanson. J’aime beaucoup la mélancolie de Someone aussi, pour le coup c’est celle qui est le plus comme The National. Dirty Lovers, sur celle-ci il y a un solo de Fabien que je trouve hallucinant. Il a encore réussi à m’époustoufler, je me suis dit mais « waouh quel chouette guitariste ».

Est-ce que vous comptez faire des concerts ?

Oui bien sûr admettons que la Covid ne soit plus là, oui ça serait vraiment super. Ça sera à mon avis des concerts ponctuels, pas des grosses tournées mais plutôt des concerts évènementiels dans de supers lieux. Enfin pour moi c’est un peu ce que j’imagine pour City Of Exiles. Trouver un endroit assez dingue genre une chapelle. Pour moi il y a un truc un peu chorale, un peu à la Arcade Fire à trouver quelque chose d’intéressant comme ça avec beaucoup d’instruments … Je pense que c’est ce qu’il faudrait faire quelque chose de très évènementiel avec ce groupe-là. Je vois ça comme un objet noir et délicat qui devrait prendre vie de temps en temps dans des lieux incongrus. Maintenant je vous dis ça mais il faut qu’on en discute tous ensemble, mais je suis sûr que ça se fera. 

Par Amélie.G

Retrouvez City Of Exiles sur : Facebook ; Instagram ; Bandcamp

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